Texte libre

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Mercredi 9 janvier 2008

Cela fait plusieurs mois que je n’ai rien écrit sur ce blog, et je dois aux plusieurs dizaines de milliers de ses lecteurs quelques explications.

 

Une irritation, tout d’abord : celle de voir des phrases entières, des analyses entières purement et simplement recopiées texto dans la presse, sans citation de la provenance. C’est vexant, pire encore c’est irritant de savoir qu’on travaille pour des prunes pour certains journalistes indélicats qui vont se parer de vertus qu’ils n’ont pas. Pourquoi alors continuer sur cette voie ?

 

Un constat ensuite : étant donné la somme importante d’informations en provenance de mes correspondants en Espagne et en Amérique latine, la forme amatrice du blog n’était plus adaptée à leur exploitation. D’où la question : que faire maintenant ?

 

La réponse s’appelle Critica. Avec une équipe d’une dizaine de journalistes, pour la plupart inconnus du grand public, mais qui ont en commun le souci de l’information et un sacré talent de plume, je vais lancer lundi 14 janvier 2008 un nouveau quotidien national. Excusez du peu. Un vrai quotidien, comprenant une centaine d’articles par jour et onze rubriques, dont politique française, internationale, insolites, TV, pipole, nanas, etc. Une formule encore inédite en France, hormis deux ou trois cas et qu’Edwy Plenel veut employer dans quelques mois. La différence entre Critica et son projet, c’est que Critica sera entièrement gratuit pour le lecteur. Il lui suffira simplement de s’abonner pour le recevoir chaque soir à sur son écran.

 

Naturellement, vous y retrouverez mes chroniques sur l’Espagne et l’Amérique latine. Ce ne sont pas les scoops qui vont me manquer, surtout avec l’échéance législative du 9 mars.

 

A vous qui m’avez suivi pendant plusieurs années sur la toile, je tiens à adresser mes remerciements pour votre fidélité et vos remarques, et aurai plaisir à vous retrouver dès le 14 janvier 2008 sur http://www.critica.fr

 

Dès maintenant, cliquez sur le lien. Et soyez les bienvenus dans l’aventure Critica. Je vous y attends.

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Vendredi 9 novembre 2007

Il ne fallait surtout pas sur la 5 louper l’émission « C dans l’air » d’aujourd’hui. Au menu : la Guerre d’Espagne. Un vrai sujet d’actualité, qui a vite ronronné, entre partisans de la canonisation par le Pape des religieux tués par les Républicains et bouffeurs de curés, chacun s’accordant sur le fait que Franco a été un affreux facho. Ce qui est inexact. Il ne fut qu’un dictateur, militariste, conservateur et catho. Naturellement, un paquet d’erreurs ou d’approximations a été apporté, sans que quiconque rétablisse la vérité. Alors, précisons :

 

- Franco aurait été antisémite : non, c’est même tout le contraire. Selon le rabbin Chaim Lipschitz, professeur à New York, le Caudillo est intervenu personnellement pour sauver plus de 60.000 juifs de la mort durant le conflit mondial (source : Newsweek, février 1970).

 

- Franco a été un dictateur sanguinaire : s’il est exact que la répression suivant la Guerre a été impitoyable et peu glorieuse, voire indigne, comme toute les répressions (souvenons-nous de l’épuration dans notre pays après la Seconde guerre mondiale, et évitons de donner des leçons), on ne saurait le créditer d’un tel fardeau par la suite. Ainsi 192.584 condamnations à mort ont été prononcées au sortir de la Guerre civile ; heureusement, relativement peu ont été suivies d’effet. Encore que peu soit déjà trop. Sur la période 1959-1975, 14 exécutions ont eu lieu, la plus grosse charrette étant constituée par les cinq membres du FRAP et d’ETA le 27 septembre 1975.

 

- Le clou du spectacle ayant été l’intervention de l’ineffable correspondant de El País, qui n’en est pas à une aberration près, affirmant que la fille de Franco, Carmen, était le fruit des œuvres du frère du Caudillo, celui-ci étant impuissant. Grotesque, quand on connaît le côté cul béni de doña Carmen, et père la pudeur du généralissime. De plus, en avril dernier a été révélé que Franco avait un fils secret, surnommé Paquito, conçu avant son mariage, avec une jeune fille des Canaries, Candelaria, mariée à un lieutenant, du nom de Francisco Pérez Rodríguez. (Source : « El hijo secreto de Franco », de Fernando Gracia, editorial Gracia Impacto). Le rejeton mourra dans une prison républicaine et flottante fin 1936. Donc, accessoirement, le kiki franquiste fonctionnait comme il fallait. Cqfd.

 

C’était la réaction ulcérée d’un téléspectateur, pas vraiment sous le charme de Francisco Franco, mais qui aime bien la vérité et déteste encore plus la désinformation. Que tant d’imbécilités, dignes de Voici ou de Closer, soient dites dans une émission qui se veut rigoureuse laisse pantois. Autant regarder la Star Ac  !

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Samedi 16 juin 2007

L'écriture d'un livre prend du temps, dévore les jours et pas mal de nuits ; aussi ai-je dû délaisser quelque peu cette chronique et vous prie de m'en pardonner. Le nouveau né est presque terminé, au grand plaisir de mon éditeur. Très vite, je pourrai revenir sur ce blog avec davantage de constance. Si toutefois vous ne pouvez vous passer de mes analyses, je vous recommande l'acquisition de la très remarquable et très intellectuelle revue "Le Meilleur des Mondes", dans laquelle je brosse dans son numéro 4, de juin, un portrait pas vraiment piqué des vers du président du gouvernement espagnol intitulé "Zapatero, cet inconnu". Bonne lecture et à très vite.

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Vendredi 8 juin 2007

Ma dernière chronique m’a valu pas mal de réactions. Il faut dire qu'avec la décision d'ETA de reprendre le combat, nous venons de tomber de haut. Pour son intérêt, voici l’analyse de Serge, universitaire et toujours excellent connaisseur de la situation espagnole. Je n’en change pas une ligne.

 

 

 

Nous en étions d'accord l'automne dernier, cette trêve était plutôt faite pour reconstituer les forces des commandos affaiblies par des coups de filets successifs qui avaient mis à mal certains commandos. Et je partage l'essentiel de votre analyse, sauf sur deux points.

 

 

  1. On ne peut parler d'angélisme des socialistes. Ils savent, comme le PP en son temps, utiliser le discours de paix et la pseudo-négociation à des fins plus politiciennes que dans un souci d'efficacité. Ils n'ont recherché aucune solution ou aucun début de solution, car ils savent parfaitement que s'il n'y a pas de volonté de proposer une solution institutionnelle qui mettrait l'Euskadi sur la voie d'une forme d'indépendance politique (statut d'Etat associé, référendum sur un projet constitutionnel assurant à cette partie de l'Europe la maîtrise de ses institutions d'Etat), il n'y aura pas de négociation viable.
  2. ETA a besoin de victoires, d'avancées, pour asseoir sa crédibilité. Si elle ne les obtient pas sur des questions décisives, elle a toujours la possibilité d'obtenir des victoires par la violence.  

La direction politico-militaire de ETA n'a rien d'un assemblage de "marxistes-léninistes purs et durs", ce sont des stratèges de la violence, le marxisme est aussi passé de mode chez eux, d'ailleurs vous le dites d'une certaine façon puisque vous les considérez comme "manquant cruellement de culture politique et de clairvoyance". S'ils étaient léninistes, ils en auraient. Leur caractéristique est de ne pas savoir gérer une négociation, de faire des propositions unilatérales (la trêve "permanente") sans mettre à la clé le moindre agenda ni définir les moindres étapes. Leur politique est donc plus que jamais indéchiffrable, elle repose sur une absence de vision de leur nation, cohérente, territorialement et structurellement. La tentation du repli sur soi radical et violent est la seule perspective que cette organisation sait mettre en avant pour forcer ses proches et épigones à "cerrar filas" quand il y a flottement -après l'attentat du 11-M, par exemple-. Le rapprochement des prisonniers est un cache misère, un prétexte à blocage (voyez ce qu'il se passe en Colombie).

 

Au Royaume Uni, la négociation avait une autre nature, la comparaison doit donc se faire avec prudence. La question religieuse ne se pose pas (le lien entre Euskadi et Eglise catholique traverse toutes les forces politiques, toute la société basque). Enfin, sa conclusion avait été précédée par la politique de "devolution", autrement dit par un élargissement de l'autonomie pour l'Ecosse, le Pays de Galles mais aussi pour l'Ulster, avec des critères d' "auto gouvernement" qui constituaient d'authentiques concessions unilatérales faites par l'Etat central aux nations périphériques (en matière institutionnelle, fiscale,etc.).

 

Les Espagnols ne sont donc pas sortis de l'auberge, mais ils le savaient déjà au moment de l'annonce de cette trêve. Seuls quelques doux rêveurs (les nationalistes de la gauche abertzale pacifique) pouvaient y croire. Nous en connaissons, ils ont avec ETA un rapport assez semblable au rapport masochiste des communistes d'Europe de l'Ouest avec l'Union Soviétique ou des chrétiens progressistes avec la papauté: diverger oui, mais toujours  justifier l'injustifiable.

 

Amicalement, j'ai toujours grand intérêt à vous lire.
Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Mardi 5 juin 2007

À partir de ce soir, minuit, personne, militaires, politiciens, journalistes, policiers ou petit peuple de la rue, ne sera plus en sécurité en Espagne ou au Pays basque espagnol. Après quatorze mois d’inactivité, baptisés « trève permanente », ETA a en effet décidé de revenir à ce qu’elle sait faire de mieux : la terreur, la violence, le meurtre. Pour ceux qui suivent de près ses activités, et en particulier les lecteurs de cette chronique, l’annonce de ce retour à l’action ne constitue pas une surprise. La bombe posée en décembre dernier à l’aéroport de Barajas avait déjà officialisé la fin de la trêve et le redémarrage des hostilités. Le temps et l’Histoire jugeront les responsables de cette gabegie, car tout était possible, et rien n’a été fait.

 

Honte tout d’abord à Zapatero, qui n’a jamais ébauché un geste positif ou même symbolique, comme le rapprochement des étarres prisonniers vers leur région d’origine. C’est lui qui a décidé de ne pas « mouiller » l’exécutif, et envoyé des émissaires de second plan bavasser en catimini avec Batasuna, et non avec ETA. Où était donc le ministre de l’Intérieur, le rusé Rubalcaba, pendant ce temps-là ? Lui qui a par angélisme ouvert la porte des municipales à une liste indépendantiste, ANV, tout en la lui fermant en faisant invalider la moitié de ses candidats. Une solution qui n’a satisfait personne et a énervé davantage ETA, privée de voie de sortie politique. Lui qui a fermé les yeux devant les envois de lettres réclamant l’impôt révolutionnaire. Lui qui s’est vu dépassé dans la gestion du sicaire de Juana Chaos, lors de sa grève de la faim-chantage. Lui qui n’a pas cherché le consensus de la nation en réactivant le Pacte antiterroriste avec le PP, qui était demandeur. Lui enfin qui par candeur ou méconnaissance a mésestimé le phénomène étarre. Aujourd’hui, il recueille les fruits de son manque de vision, de son inaction et de ses tergiversations. Le pacificateur auto proclamé s’est pris les pieds dans le tapis ; c’est confirmé, le costume de chef de gouvernement s’avère un peu trop large pour lui.

 

Et puis, et surtout, honte à ETA. Voilà maintenant près de quarante ans qu’elle tue (827 victimes) pour un résultat nul, sinon celui d’avoir fait le malheur de dizaines de milliers de familles et dressé les Basques les uns contre les autres. Répétons-le, les séparatistes (ce qui ne signifie pas forcément les partisans de la violence) en Euskadi représentent environ 150.000 personnes, sur une population de plus de 2 millions d’habitants. C’est dire que l’embrigadement est minime et que ses idées ne prennent pas. Si la bande désire parvenir à un résultat tangible, elle doit renoncer à son fanatisme. Elle n’est pas, et ne sera jamais, en situation d’exiger que l’Espagne, sous la menace des armes et du terrorisme, se désaisisse d’une part de son territoire. De ce que l’on savait de ses revendications, aucune n’était recevable, sinon la libération des prisonniers en cas de reddition. Son avenir, si elle en a un, est dans la démocratie, dans les urnes, comme a su le faire l’IRA en Ulster. Mais à la tête d’ETA se trouvent des marxistes-léninistes purs et durs, qui n’ont rien appris et manquent cruellement de culture politique et de clairvoyance. Un Mikel Antza, le plus intelligent du lot, arrêté à l’automne 2004 à Salies-de-Béarn, aurait été bien utile en ce moment.

 

ETA s’est remis en ordre de marche et compterait cinq commandos opérationnels sur le sol espagnol. Sous les ordres du vétéran Josu Ternera, secondé de ses adjoints Francisco Javier López Peña, dit Thierry, et Juan Cruz Maiztegi Bengoa Pastor, l’organisation a, selon son expression, « ouvert tous ses fronts ». On sait ce que cela signifie. Pour une fois, cette trêve tant espérée n’était pas « une paix en trompe l’œil » et tout était possible. La précédente, de 14 mois également, remontait à 1998. À ce rythme là, la prochaine aura lieu… en 2015. Combien de morts allons-nous encore pleurer ?

 

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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