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Mardi 24 avril 2007

Pendant longtemps, l’Espagne a été le refuge des Français d’extrême-droite, avec les vaincus de la Libération, la vague des partisans de l’Algérie française et de l’OAS ou les thuriféraires du franquisme. Quelques dizaines de milliers de personnes, qui oubliaient au soleil leurs illusions et leurs combats perdus. Une époque révolue. Aujourd’hui, la Péninsule est devenue une terre de conquête pour nos entreprises, et un hâvre de repos à base d’huile d’olive et d’espagnolades pour nos retraités. Aussi les votes des Français installés en Espagne, au premier tour de l’élection présidentielle, sont-ils tout à fait étonnants car contraires à ceux enregistrés sur le sol français.

 

C’est Ségolène qui remporte le pompon, avec 35,99 %, contre 35,40 % à Nicolas Sarközy, soit une différence de… 94 voix, devançant François Bayrou (17,3 %) et Jean-Marie Le Pen (3,98 %). Autres enseignements, la participation n’a été que de 32 %, puisque seulement 16.103 personnes, sur les 52.000 Français inscrits sur les listes électorales se sont rendus dans les isoloirs. Madame Royal faisant son nid à Barcelone (40,5 %), la région d’Espagne où les Français sont le plus nombreux (13.478), laissant son rival à 28,6 %.

 

En revanche, Sarközy l’emporte à Madrid et ses 12.610 votants, avec 39,3 %, Royal n’obtenant que 35,9 %. Barcelone et Madrid étant les villes ayant recueilli la meilleure participation, 41 %. Le candidat de l’UMP l’emporte également à Alicante, Palma de Majorque, Gérone et Malaga. C’est dans la capitale de la Costa del Sol qu’il recueille le plus de suffrages (48 %). Ségolène gagne à Bilbao (42 %), Valence, Tenerife, Grenade et Saragosse, où elle réalise son meilleur score (43 %).

 

Quant à la révélation du scrutin, François Bayrou, il est dans sa norme « française », puisqu’il obtient à Madrid 17,6 %, à Barcelone 20,9 % et fait son meilleur score à Bilbao, avec 22 %, soit un point de moins que Sarközy. Des enseignements à tirer, il n’y en a guère étant donné que l’échantillon de la population des Français installés en Espagne, et y votant, équivaut à celui de la ville d’Orthez, et n’est donc en rien significatif. Et, puisque pour une fois je me risque sur le terrain de la politique française, je m’adresse un coup de chapeau rétrospectif, puisque cette chronique a annoncé bien avant les médias traditionnels que José Luis Zapatero viendrait en France passer un coup de main à Ségolène. Ce qui fut le cas la semaine dernière à Toulouse lors d’un meeting naturellement triomphal. Je me les sers moi-même avec assez de verve…
Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Lundi 16 avril 2007

Aujourd’hui débutent à Valence les phases éliminatoires de la Coupe de l’America, la plus grande manifestation nautique au monde, qui a lieu tous les quatre ans. Un spectacle essentiellement télévisuel, les duels se déroulant au large. Je me souviens avoir suivi les régates en 1992 à San Diego depuis un navire escorteur - une grande joie - et avoir plaint les maigres spectateurs qui, depuis la côte, ne voyaient que de petits points blancs se balançant à l’horizon, les voiles. Ce devait être frustrant pour eux.

Passons sur l’intérêt sportif de l’épreuve, qui n’est pas du registre de cette chronique, pour nous concentrer sur l’événement. Valence, qui a gagné le droit d’organiser le défi, face à Marseille, Naples et Lisbonne, a versé 80 millions d’euros à l’America’s Cup Management, au lieu des 50 demandés, et a entrepris des travaux pharaoniques, dont un canal d’accès direct à la mer et construit un remarquable bâtiment, intitulé Veles & Vents, dont chacun se plaît à louer l’esthétisme. L’investissement est à la hauteur de la circonstance : un budget de 210 millions d’euros pour l’organisateur suisse, 500 millions pour la ville, la région et l’Ētat espagnol. Tout autant significatifs est la présence de détenteurs de droits télévisés, 2.900,  de 2.000 journalistes et le nombre d’heures de télévision consacrées à la Coupe, tous pays et supports confondus, environ 600. Et deux millions de visiteurs attendus. Cela nous amène à une conclusion : Valence va devenir le centre d’intérêt de tous les medias du monde.

Si j’étais terroriste, ce qu’à Dieu ne plaise, je m’intéresserais de très près à la capitale du Levant. Non pas pour admirer les bêtes de course ou déguster une paella, mais bien pour y faire un coup. Alors que l’Espagne va vouloir montrer son meilleur profil, il serait tentant pour un groupe comme ETA de faire entendre sa voix discordante et de faire parler d’elle dans tous les continents. Une simple bombe placée aux alentours de la marina, avec un appel à la police une heure avant qu’elle n’explose, parce que le sang ferait tache en ce moment, aurait un retentissement mondial et les caméras internationales seraient instantanément braquées sur les lieux de l’attentat. Avec les commentaires à la clef : il y a longtemps que je pense qu’ETA est devenu davantage un phénomène médiatique que politique. Cela en donnerait une superbe démonstration.

En fait, j’ai un petit métro de retard dans ma démonstration, puisque l’organisation terroriste a déjà montré son intérêt pour la Coupe de l’America. Le 25 janvier dernier a été arrêté, dans un train venant de Perpignan, l’étarre Iker Aguirre Bernadal alors qu’il se rendait à Valence afin de recueillir des renseignements sur l’organisation de la Coupe. En particulier, selon les déclarations du juge Garzón, sur « les infrastructures entourant le port de Valence... dont les installations, les lieux où se déroulent les cérémonies et les hôtels où sont logées les délégations.  » L’ordre lui aurait été donné par Txeroki en personne. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois qu’ETA s’intéresserait à sa façon au sport, puisqu’en juin 2005, à l’occasion de la candidature de Madrid comme ville olympique 2012 (compétition que Londres a gagnée devant Paris), l’organisation avait déposé une bombe dans le stade de la Peineta. Le Comité olympique avait alors jugé que la capitale espagnole n’était pas assez sûre et rejeté le choix madrilène. On en pleure encore à la Puerta del Sol.

 

Le commentaire d’ETA dans son bulletin interne, Zutabe, avait alors été définitif : « il s’agit d’un bon coup donné à l’image de normalité et de sécurité politique que l’Ētat espagnol a voulu vendre à l’international… Ainsi a été abattu l’un de ses plus grands projets politiques et économiques. » La réflexion reste d’actualité. À Valence, on est prévenu.
Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Mercredi 11 avril 2007

Hasard de mes périgrinations, je me trouvais hier à Biarritz lorsque je vis débarquer force flicaille, l’air buté et giro-pimpons au vent, qui fit dégager en un clin d’œil toute une zone entourant la Mairie et l’Office du tourisme. Très vite, un bruit se répandit parmi la foule : « c’est une bombe », une version accréditée par l’arrivée de la camionnette blanche des démineurs. Un engin explosif dans l’antre du luxe et de la futilité version basque, voilà qui allait mettre du piquant dans les conversations bourgeoises du lieu. Finalement, on sut qu’il y avait effectivement une bombe, et que les pompiers avaient été prévenus par un appel anonyme. Dans le même temps, on apprenait qu’un autre engin avait été déposé à Bayonne, près des bureaux du Parti socialiste local. Dans les deux cas, des petites bonbonnes de gaz reliées à des réveils faisaient office de détonateurs. Placer un explosif et aviser les autorités de son emplacement, une méthode utilisée de l’autre côté de la frontière par ETA.

L’enquête commence maintenant avec une seule question à résoudre : qui est l’auteur de ces forfaits ? Modestement, je vais y aller de mon interprétation, puisque c’est ce que l’on attend de moi. Tout d’abord, j’écarte ETA. Non pas que l’organisation ne soit pas capable d’un tel acte, mais surtout parce qu’elle n’aurait aucun bénéfice politique ou stratégique à en retirer sur le territoire français, son combat se déroulant - pour l’instant - de l’autre côté de la frontière. Et ETA ne fait jamais rien pour rien. Iparretarrak alors ? Pas plus, car je considère que ce groupe n’existe plus depuis 1988 et l’arrestation de Philippe Bidart, que ses très rares militants, qui n’ont jamais dépassé la quinzaine, ont aujourd’hui plus de cinquante ans, un âge bien lourd pour se redécouvrir une vocation de terroristes.

Plus intéressante est la piste menant à un groupe dont on ne sait rien, faute d’arrestations, qui s’intitule Irrintzi (ce qui signifie en basque « un cri »). On connaissait son existence depuis le 19 août 2006, lorsqu’il avait déposé une lettre au domicile de la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, à Ciboure, annonçant son intention de mener des actions contre la spéculation immobiliaire et la politique touristique au Pays basque français. Un explosif artisanal avait été déposé dans une poubelle proche de sa superbe maison ministérielle. Déjà, un appel téléphonique anonyme avait permis de désamorcer l’engin, d’autant plus facilement qu’il n’était pas muni de détonateur. Sans doute faut-il mettre également à son crédit plusieurs actes similaires, le premier avec la pose d’une bombe incendiaire dans une poubelle près de l’Office de tourisme de Bayonne, déjà, ainsi que trois actions simultanées, le 14 avril 2006, à la Sous-Préfecture de Bayonne, à l’aéroport de Biarritz-Parme et à l’Office de tourisme de Cambo. Une vraie obsession. La plus médiatique ayant été en juin 2006 la pose d’une bombe sur l’enceinte du restaurant qu’Alain Ducasse tenait à Bidarray, ce qui poussa le chef landais, excédé, à prendre ses cliques et ses claques. Si l’on ajoute les attentats commis contre un bâtiment en construction à Urrugne, une agence immobiliaire à Guéthary et l’incendie d’une voiture à Ciboure, on a fait le tour de la question.

Pour l’instant, Irrintzi n’est guère dangereux : ses bombes sont rudimentaires et posées davantage pour attirer l’attention sur ses revendications que pour tuer. Comme on le sait, il suffit de deux hommes pour fabriquer un engin et aller le déposer de nuit, donc n’imaginons pas une armée de l’ombre en ordre de marche. Le Pays basque français n’est pas devenu du jour au lendemain un nouveau terrain d’expérimentation du terrorisme. Mais il convient d’ouvrir l’œil. On sait comment commencent les mouvements violents : avec beaucoup de candeur et peu de savoir-faire. Et avec le temps, les esprits se raîdissent, les méthodes deviennent plus élaborées et la vie humaine négligeable. Nos voisins espagnols en savent quelque chose. Donc, sans tomber dans la parano, retenons ce nom : Irrintzi.
Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Mercredi 11 avril 2007

Il existe un bidule dénommé EUROPOL, en français l’European Police Office, un organisme intergouvernemental de police criminelle, dirigé depuis Bruxelles par Max-Peter Ratzel, se vouant à l’échange de renseignements en matière de stupéfiants, de criminalité internationale, de pédophilie et de terrorisme. Sur le papier, une bonne idée, puisque depuis le 1er juillet 1999, les membres de l’Union européenne partagent par son entremise l’essentiel des données sur ces préoccupations, qu’il est bon de répartir pour mieux les endiguer.

 

On attend donc d’une telle organisation qu’elle soit à la pointe de la connaissance en ces matières et on salive chaque année à l’annonce de la publication de son rapport. Eh bien, pour ce qui est du terrorisme d’ETA, je reste sur ma faim. Avec l’impression d’avoir lu une suite de copier-coller insipides et qui n’apprennent rien. Ainsi, est-il relevé que ETA a reconstitué sa capacité à réaliser des attentats contre de grands objectifs, après avoir maintenu sa violence des rues durant le cessez-le-feu. Merci, on savait. Continuons : « ETA a employé des taldes Y (groupes de réserve) pour mener un nombre élevé d’attentats de faible intensité pour maintenir la pression sur le gouvernement espagnol et montrer à ses sympathisants sa détermination dans la lutte. » Merci, on savait.

 

Le document dénombre 144 attentats en 2006 de « séparatistes basques » en Espagne et en France, affirmant qu’ETA en a revendiqué 11 sur le territoire espagnol et le groupe Irrintzi (dont on ne sait encore rien) 4 en France (plus un autre, commis ce matin même à Biarritz, ainsi que j’étais le premier à annoncer). Poursuivons : « Les attentats en Espagne ont été commis pour l’essentiel par les Taldes Y, une dénomination concernant des groupes organisés et indépendants, de jeunes sympathisants d’ETA qui, suivant les instructions, ont l’habitude de commettre des attentats mineurs, en utilisant des méthodes techniques de guerrilla urbaine. » Merci, on savait.

 

Allez, tournons les pages : « Après l’annonce d’ETA, ces groupes ont suspendu leur activité violente entre avril et mai, mais fin juin, ils ont poursuivi et accéléré leur campagne terroriste, touchant 37 villes, dont de petits villages. Les taldes Y prirent essentiellement comme objectifs les banques et les bureaux du PSOE. » Merci, on savait.

 

On cherche donc en vain des données nouvelles, des croisements d’informations, des pistes inédites. On a là un amoncèlement de renseignements déjà lus dans les journaux, de lieux communs, d’approximations, qui ne font pas avancer le schmilblick. Si c’est ainsi que nos gouvernants européens sont informés, on peut redouter le pire. Je ne peux que renvoyer ces studieux fonctionnaires aux travaux de Mikel Buesa (voir mes chroniques du 6 septembre 2006 et du 27 janvier) et de son Observatoire de vérification de la violence terroriste, qui nous en apprennent dix fois plus sur la nébuleuse étarre, ou à la lecture de mes ouvrages, qui font plutôt autorité, des deux côtés des Pyrénées. Ils ont même le droit de s’abonner à ce blog. C’est gratuit et j’en suis ravi, ça ne grèvera pas leur budget « presse ». Ils feront même des économies de colle et de ciseaux !

 

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Mercredi 11 avril 2007
Puisque vous me faites l'estime d'être abonné à cette chronique, autant vous faire bénéficier d'un scoop : ce matin à 10h30, a été découverte une bombe dans les locaux de l'Office de Tourisme de Biarritz. Il semblerait que la police ait été alertée par un coup de fil anonyme. Voilà. Pour les commentaires, on fera plus tard.
Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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