Demain dimanche aura lieu le premier tour des élections présidentielles péruviennes, qui décideront du successeur d’Alejandro Toledo, élu il y a cinq ans et terminant son mandat avec une popularité de 16 % (comme quoi il n’y a pas qu’en France…) Seize millions de votants auront le choix entre vingt candidats, dont trois émergent de la masse.
À ma gauche, le militaire à la retraite et nationaliste Ollanta Humala, comptant sur le soutien du président vénézuélien Hugo Chávez ; au centre-gauche, le social-démocrate Alan García, ancien occupant calamiteux de la Casa de Pizarro de 1985 à 1990 et à ma droite la conservatrice Lourdes Flores, désireuse de créer un effet à la chilienne, avec l’élection de Bachelet.
Les sondages donnent Humala en tête avec 31 % des suffrages, suivi de Flores avec 26 % et de Garcia avec 23 %. Ce qui signifierait qu’aucun des trois ne sera président demain et que les deux restants devraient en découdre jusqu’au 7 mai, avec la victoire possible de Flores. Encore qu’il faille prendre en compte les 25 % d’indécis et les votes des zones du centre et du sud, très prolétaires, où Humala espère faire le plein et l’emporter au premier tour, à l’image d’Evo Morales en Bolivie.
Avec Humala, le risque d’un arc populiste et gauchiste regroupant Cuba, Venezuela, Bolivie et Pérou est désormais envisageable. Les excellents résultats économiques enregistrés à Lima (croissance de 7 % en 2005, déficit fiscal nul, inflation de 1,5 %) n’ont pas eu de répercussions bénéfiques sur la population. On sait que Humala vient d’une famille réputée comme « fasciste ». Ainsi son père Isaac a-t-il fondé l’ « ethnocacérisme », un mouvement ultranationaliste et xénophobe, opposé tout à la fois aux Ētats-Unis, au Chili et à Israël. La référence est empruntée à l’ancien président Andrés Avelino Cáceres, héros de la guerre contre le Chili de 1879 à 1883. Lui-même a en 2000 déclenché une émeute contre Fujimori (à l’imitation de Chávez et son coup d’Ētat manqué de 1992), montrant que l’homme est décidé.
Ses idées politiques, connues sous le nom exotique de « Llapanchik », sont la copie conforme de celles professées par Chávez : une assemblée constituante qui réformera le pays, le contrôle par l’Ētat des secteurs économiques stratégiques, tels que l’énergie, avec à la clef la révision des contrats avec les multinationales, l’opposition frontale au traité de libre commerce avec les USA et la lutte contre le trafic de drogue, sans pour autant pénaliser la culture de la coca. Une épine de plus dans le talon de George W. Bush.
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