Il existe en Catalogne un parti atypique, républicain, nationaliste, séparatiste et provocateur, dénommé ERC, Esquerra Republicana de Catalunya. Une sorte de poil à gratter local. On a encore en mémoire les frasques de son président, Josep Lluis Carod-Rovira, rencontrant en janvier 2004 à Perpignan les deux chefs d’ETA Josu Ternera et Mikel Antza, afin d’obtenir de l’organisation qu’elle exempte la seule Catalogne de ses bombes. Ou encore sa visite officielle en Israël, lorsqu’il avait jugé rigolo de se couvrir le crâne d’une couronne d’épines, singeant le Christ, ce qui avait fait bondir tant les autorités locales que les catholiques espagnols et d’ailleurs.
Peu de différences idéologiques ou stratégiques entre ERC en Catalogne et Batasuna au Pays basque. Ou plutôt une, essentielle, ERC a de tous temps condamné la violence, ce que se refuse toujours à faire Batasuna, d’où son maintien jusqu’à présent dans l’illégalité. Mieux encore, Carod-Rovira est intervenu en personne pour mettre fin aux exactions du groupe clandestin séparatiste Terra Lliure, en juillet 1995. Aux élections catalanes de 2003, son bon score (16,47 %, 23 députés) lui permet de devenir le parti charnière pour gouverner la Catalogne. Grâce à son alliance avec les socialistes et les Verts, l’ERC entre au gouvernement local, et Carod en devient le Conseller en cap, le Premier ministre. Pour quelques semaines seulement, car la révélation de l’entrevue de Perpignan le force à remettre son mandat.
Les dernières élections de novembre 2006 (voir ma chronique du 3/11/06) allaient renouveler l’expérience : l’ERC avec 414.067 voix, soit 14,06 % et 21 sièges avait le choix de s’allier avec les nationalistes modérés de CiU, ou de repartir dans une même coalition avec le Parti socialiste catalan et ICV-Els Verts (un total de 70 %, la majorité absolue). C’est la deuxième option, celle de « l’Entesa » qui fut en définitive retenue. Mais l’ERC a l’impression d’être ligotée avec un président, l’Honorable José Montilla, qui n’est pas du genre à jouer les potiches. Le Parti socialiste, qu’il dirige depuis Madrid ou Barcelone n’entend guère partager la réalité du pouvoir, a fortiori avec des folkloriques.
C’est sans doute pourquoi le vice secrétaire d’ERC, Xavier Vendrell (voir ma chronique du 18/5/06) accessoirement l’un des anciens activistes du groupe terroriste Terra Lliure agissant en Catalogne de 1979 à 1991 (160 attentats, 1 seul mort) a-t-il fait sensation ce dimanche en offrant la Generalitat à CiU et à son président Artur Mas, si ce parti s’engage à lancer un référendum d’autodétermination. Une offre de changement d’alliance à 180°, ce qui en dit long des convictions d’ERC et de son opportunisme. Ce que l’un des leaders de l’Unió Democràtica de Catalunya (l’autre parti composant la coalition CiU), Josep Antoni Duran Leida, a qualifié de « blague » et même de « caleçonnade ». Il n’empêche : ce que ni ETA ni Batasuna ne réussissent à obtenir par des voies illégales, l’ERC donne des coups de boutoirs dans le cadre institutionnel en vue d’obtenir le même but : l’indépendance de leur territoire.
Une constatation d’évidence : ce sont 414.067 Catalans et 150.188 Basques (le total des voix réunies par les deux partis ouvertement séparatistes, ERC et PCTV), soit 564.255 indépendantistes, qui mettent en péril l’unité de l’Espagne et de ses 44 millions de citoyens. En pourcentage, si je sais compter de tête, cela nous donne 1,4 %. De quoi faire réfléchir et recentrer le débat, pas vrai ?
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