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Vendredi 16 mars 2007

Il se passe des choses pas très propres en ce moment dans le métro madrilène. Et je ne parle pas de prophylaxie, d’odeurs récurrentes ou d’amoncèlement de détritus. Il est bien sûr sale, comme son homologue parisien, mais demeure le meilleur moyen pour se déplacer dans une ville qui a à peu près résolu son problème d’encombrement automobile, grâce à de nombreux parkings et la construction d’une sorte de boulevard périphérique, qui manquait gravement à la capitale de l’Espagne.

Mais au sous-sol, rien ne va plus. Et les 655 millions d’utilisateurs annuels commencent à s’inquiéter à la suite d’incidents affectant leur métro. Enfin, davantage des actes de sabotage que d’incidents, puisque depuis le 15 février, on en a recensé treize, de trois types. La première catégorie a trait à des coupures au ciseau dans le radio téléphone de la cabine, ou l’introduction de pâte à prise rapide dans la boîte d’ouverture des portes. Ce qu’un simple voyageur mal intentionné ou légèrement taré, voire les deux à la fois, peut accomplir.

La seconde requiert un savoir-faire supérieur : dans la cabine du machiniste se trouve le « micro de l’homme mort », un dispositif de sécurité que le conducteur doit maintenir serré pour que la rame fonctionne. Le fait de le lâcher serait synonyme d’incident, mécanique ou corporel. C’est ce mécanisme qui a été visé à plusieurs reprises, faisant penser aux enquêteurs que le saboteur est, sinon un spécialiste, du moins un travailleur du métro possédant quelques notions techniques de base.

Avec la troisième, on passe à l’échelon supérieur et carrément inquiétant : le 20 février a été découvert à la station « Tribunal », sur la ligne 1, un paquet explosif, composé de trois tubes de plastique rouge, de 20 cms de large et 2 centimètres de diamètre. L’ensemble relié à une mêche. Plus de peur que de mal, l’intérieur était vide.

Depuis, c’est le branle bas. L’Espagne, qui vient de célébrer le troisième anniversaire de la tuerie du 11 mars vit dans la hantise d’un nouvel attentat aveugle dans un train, qu’il soit de banlieue ou de métro. La Communauté de Madrid pointe du doigt la possible malveillance d’un salarié du métro, ce que les syndicats prennent fort mal, considérant qu’on injurie pour le moins leur corporation. Peu soucieux de nuances, ils affirment même qu’on la « criminalise », alors qu’ils devraient être solidaires des enquêteurs, une question de crédibilité et de maturité. En attendant, six travailleurs du métro de Canillejas ont été mis en examen. La suite au prochain numéro.

Et comme tout est politique en Espagne, l’équipe de la présidente locale Esperanza Aguirre, par la voix de son porte-parole Ignacio González, affirme que ces actes de sabotage n’ont qu’un but : affaiblir l’équipe en place. « On ne peut gagner à Madrid en utilisant n’importe quel moyen », comme s’il y avait une relation de cause à effet. Nous y sommes : la campagne électorale vient vraiment de commencer sur le terrain, et tous les arguments, même les plus sulfureux vont être utilisés. Mais miser sur l’inquiétude de la population, toujours traumatisée par le 11-M et ses 192 morts, est un jeu sale, d’un côté comme de l’autre.

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Mercredi 14 mars 2007

L’information n’a pas été développée en France, mais elle fait grand bruit outre Pyrénées : l’Espagne est toujours dans la ligne de mire d’Al-Quaeda. Mais cette fois, plus question de revendiquer les territoires perdus en 1492, ou de fustiger la présence de troupes espagnoles en Iraq, mais celle en Afghanistan. Bien réelle, celle-là.

Drôle de mission que celle des militaires espagnols : envoyés à l’origine en Afghanistan dans le cadre de l’ISAF (Force internationale d’Assistance à la Sécurité), la mission de reconstruction des Nations Unies menée par l’OTAN, et sur le papier éloignés des taches combattantes, réservées aux Américains et leur « Liberté durable ». Ils ont vité déchanté, découvrant ce que José Antonio Alonso, leur ministre de tutelle qualifie de véritable « nid de guèpes ». Car les pertes s’enchainent : en août 2005, un hélicoptère Cougar s’écrase à Herat, faisant 17 morts. Deux ans auparavant, un Yakovlev 42-D s’était crashé avec 62 soldats à bord. Deux accidents aériens sans rapport avec les opérations. Plus près de nous, le 8 juillet saute sur une mine le parachutiste d’origine péruvienne Jorge Arnaldo Hernández, tout comme le 22 février dernier, une militaire, Idoia Rodríguez Buján. La première femme soldat à mourir en mission à l’étranger.

Dans la Péninsule, on s’interroge sur la finalité de la mission : les 690 militaires espagnols implantés en Afghanistan accomplissent-ils une mission humanitaire ou sont-ils impliqués à leur corps défendant dans les combats ? Auquel cas ils ne bénéficient pas du matériel adapté. Pourtant, la Brigade légère aéroportée (BRILAT), provenant de Figueirido (Pontevedra) serait opérationnelle du jour au lendemain. D’autant plus qu’elle peut compter sur les 150 légionnaires du Tercio Juan de Austria, spécialistes du déminage, qui l’ont rejointe au printemps dernier sur les bases de Herat et dans la province de Badgis à Qala i Naw. Mais l’ordre est inchangé : on n’intervient pas dans les opérations offensives.

Cette passivité n’est pas plus du goût d’Al-Quaeda que la présence des 19.000 autres soldats venant de 26 pays de l’OTAN. Le 10 mars dernier, elle vient de diffuser sur un canal d’Internet appelé La voix du Califat, créé en septembre 2005, une vidéo sur laquelle apparaît un homme cagoulé lisant un communiqué. L’avertissement s’adresse en priorité aux dirigeants autrichiens : « Ne suivez pas l’exemple du gouvernement socialiste en Espagne, qui a trompé son peuple en retirant ses troupes d’Iraq pour envoyer 600 soldats en Afghanistan… Les pays d’Islam sont une même nation, et le gouvernement espagnol, avec cet envoi de troupes, met de nouveau son pays en danger. »

Un peu plus loin, le numéro deux d’Al-Quaeda, l’Egyptien Ayman al Zawaheri, en remet une couche : « Si nous avons la sécurité, vous l’aurez aussi. Et si nous sommes frappés et tués, vous aussi serez frappés et tués. » Voilà l’Espagne prévenue. Zapatero a cru se tirer du guépier iraquien et se retrouve désormais englué dans un conflit lointain, dans lequel son pays ne joue qu’un rôle vaguement humanitaire et totalement insignifiant. Fasse que les menaces des islamistes ne soient que des chiffons rouges agités à tort et à travers…

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Mardi 13 mars 2007

Comme chacun le sait, le syndrome de Stockholm désigne la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter leurs points de vue. Un comportement décrit dès 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg. Comment ne pas y penser en ce troisième et lugubre anniversaire de l’attentat du 11 mars ?

La scène se passe dimanche dernier, lorsque le Roi, Zapatero et Rajoy inaugurent à Atocha le monument érigé à la mémoire des 192 victimes, un grand cylindre en verre où sont gravés à jamais leurs noms. Pas vraiment une œuvre d’art, mais assurément un lieu de recueillement. Alors que les officiels se retirent, au milieu d’un silence impressionnant, un homme placé dans la zone réservée aux familles des victimes déploie une banderole sur laquelle est inscrit : « 11-M. Acebes en prison pour négligence criminelle. Aznar au Tribunal international de La Haye ». Voyant cela, le public très sélectionné se scinde en deux clans : les uns applaudissent, les autres expriment leur exaspération.

Sur le parvis, la situation se crispe davantage. Deux personnes portant des drapeaux espagnols hurlent : « On ne connaît toujours pas les auteurs » ou « L’Espagne unie se sera jamais vaincue ». Elles sont houspillées par d’autres, répliquant « Zapatero, tu n’es pas seul », « C’est vous, fascistes, les terroristes » et « Aznar, canaille, rendez-vous à La Haye ». Comme quoi même dans un tel lieu de recueillement, et en une telle occasion, les tensions sont à vif, les blessures toujours pas refermées et l’interprétation des faits aléatoire.

Il faut dire que la présidente de l’Association « 11-M Affectés par le terrorisme » - affectés et non victimes, elle tient à la différence - Pilar Manjón, a tout fait pour attiser le feu. Mère de Daniel Paz, vingt ans, qui a trouvé la mort dans le train de El Pozo, elle fait flèche de tout bois en pointant du doigt le coupable. Le terrorisme islamiste ? Non, pas du tout, mais bien José María Aznar, pour avoir participé à la guerre d’Iraq. Et elle ne l’envoie pas dire : « À celui à moustache, à ceux pour la guerre, à ceux de la torture à Guantanamo, à ceux qui n’ont pas trouvé d’armes de destruction massive, à ceux qui ne savaient même pas qu’elles existaient, à ceux qui nous ont menti alors, à ceux qui nous mentent toujours, aux amis de l’ex président du gouvernement, aux amis de l’ex ministre de l’Intérieur, aux amis de Bush, à ceux qui se fâchent lorsqu’ils perdent une élection… à tous ceux-là, et en mon nom, mon mépris le plus méprisable. »

On ne peut que respecter la douleur d’une mère ayant perdu son enfant. On ne peut aussi qu’être abasourdi devant un tel cacao mental, mêlant guerre d’Iraq, Guantanamo et attentat de Madrid. Encore une fois, redisons qu’il fut décidé par Ben Laden, qui donna l’ordre à Amer Azizi de s’attaquer à l’Espagne bien avant la décision d’Aznar d’accompagner Bush et Blair dans leur aventure. À l’automne 2002, alors que la guerre a débuté en mars 2003 ! C’est un fait incontournable. Affirmer le contraire est de la désinformation ou de la politique. Souvent la même chose, il est vrai.

Il faut dire que Pilar est une militante, pure et dure. Inscrite au Parti communiste depuis 1982, elle a trouvé son chemin de Damas, ou de Bagdad, dans le combat contre les dirigeants espagnols de 2004, oubliant totalement ceux qui ont déposé les bombes, les islamistes. Comment appelle-t-on cette empathie ? Le syndrome de Stockholm, oui, on y est !

 

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Samedi 10 mars 2007

 

C’est le troisième fois que je consacre cette chronique à De Juana Chaos. Beaucoup d’honneur, à lui qui n’en mérite guère. Et savoir s’il mange désormais correctement, si ses estomacs se sont décollés, s’il fait plus ou moins bien pipi m’indiffère. Ce sont des questions que ses 25 victimes ne se posent plus. Plus importantes à mon sens sont les conséquences de sa libération masquée. Car en Espagne, la pilule a du mal à être avalée, même s’il s’agissait de respecter le droit, même si, pour une fois, Zapatero a eu un geste d’homme d’Etat, en n’hésitant pas à se mettre sciemment le peuple à dos.

 

 

Ce samedi matin, il ne doit pas être déçu. On annonce pour cet après-midi, à partir de 17 heures, la plus grosse manifestation jamais tenue à Madrid, dépassant en nombre celle ayant suivi l’assassinat du jeune conseiller municipal d’Ermua, Miguel Angel Blanco, en juillet 1997. Le thème est le même : le rejet d’ETA et de la violence. Il est aussi plus politique : la population n’a plus confiance en Zapatero pour résoudre le conflit, lui qui n’a pas su saisir la main tendue par ETA et est resté inerte durant 9 mois. Lui qui a ostenciblement courbé le dos devant le chantage d’un assassin jouant les victimes. Le mot d’ « incompétent » lancé par le PP doit résonner à ses oreilles. Il était outrancier hier, il l’est moins depuis quelques semaines.

 

 

Les enquêtes d’opinion qu’il a sur son bureau concordent toutes : les candidats socialistes se présentant aux élections autonomes (concernant les Communautés) risquent pour la plupart de se rétamer le 27 mai. Aux municipales, le risque serait atténué, grâce à l’implication locale des impétrants, mais la saignée laissera des traces, à seulement dix mois des Législatives, qu’il ne peut se permettre de perdre. Et tout cela à cause d’un obscur sicaire qui, dans tout autre pays au monde, serait derrière les verrous pour encore une dizaine d’années !

 

 

L’exaspération est à son comble. De l’hôpital Donostia où il a été transféré, des bruits filtrent. De Juana reçoit visites sur visites, à tel point que les autorités ont dû mettre en place une liste d’attente, que l’étarre examine pour sélectionner à sa guise ses interlocuteurs. Il croule sous les félicitations, les bouquets de fleurs et par la fenêtre, entend avec délectation les cris de soutien que des manifestants viennent lui adresser. Pathétique.

 

 

Quant au PP, il boît du petit lait. Remis à flot dans les sondages, il dépasse en intentions de vote le PSOE et récupère l’exaspération populaire lassée par tant de tergiversations et tant de reculades. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il gouvernera de nouveau l’Espagne en mars 2008, car faute d’obtenir la majorité absolue, il devra composer avec les petits partis nationalistes, basques, catalans, galiciens, canariens, qu’il s’est mis à dos depuis des années. On pourrait donc arriver à une situation semblable à celle des récentes élections catalanes, où le PSOE avait été devancé en sièges et en voix par CiU, mais avait fait élire José Montilla grâce à l’appoint des partis de gauche ou verts.

 

 

Nous n’en sommes pas là. Contentons-nous de suivre des yeux les manifestants qui vont battre le pavé ce soir. On parle de renaissance de l’ « esprit d’Ermua ». Alors que la porte était encore entrouverte il y a quelques mois, quel retour en arrière !

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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Dimanche 4 mars 2007

Il fallait s’y attendre : le fléchissement du gouvernement dans l’affaire De Juana donne des ailes au mouvement séparatiste. Ne nous attardons pas sur la centaine de manifestants venus sur les marches de l’hôpital Donostia démontrer leur affection à l’assassin de 25 personnes ni sur les cortèges, un peu partout en Espagne, fustigeant l’attitude de Zapatero. Tout cela relève du réactif et de l’émotionnel et agace plus qu’autre chose. Plus intéressantes à observer sont les réactions dans le peuple et au Pays basque.

 

 

 

En décidant de transférer De Juana à Saint-Sébastien, et de lui offrir un régime de prison atténuée, le chef du gouvernement savait qu’il prenait le risque de se mettre à dos l’opinion. C’est pour éviter d’autres attentats d’ETA, d’autres morts, qu’il l’a fait, déclare-t-il. Ce en quoi il n’a pas complètement tort, même si la mesure est moralement choquante. Il ne doit pas être déçu ce matin en prenant connaissance du sondage réalisé par l’institut Sigma-2 et El Mundo : 62,9 % des Espagnols estiment que l’Exécutif a cédé face à ETA, dont 44 % trouvant cette décision “très mauvaise”. Sans étonnement, les proches du PP sont 87 % à le croire, en revanche, ceux du PSOE sont 47,7 %. Un vrai désavoeu.

 

 

 

Pendant ce temps là, Batasuna, plus interdite et plus flamboyante que jamais, vient de tenir un meeting à Pampelune (sous l’appellation cache-nez d’Izquierda Abertzale), devant 3.000 personnes, et a présenté ses nouvelles propositions. L’axe essentiel est constitué par la mise en place d’un “statut d’autonomie”, incluant le Pays basque et la Navarre “à l’intérieur de l’Etat espagnol”, mais ne rêvons pas, “comme une première étape vers un Etat indépendant, socialiste et euskaldun”. Un point du discours mérite d’être relevé, celui portant sur la Navarre, plus que jamais point stratégique du conflit : “les élections en Navarre seront un test qui permettra de mesurer la viabilité du processus de résolution. Nous voulons que l’UPN abandonne le Gouvernement de Navarre, d’où il est torpillé.”

 

 

 

Arnaldo Otegi, présent sur tous les fronts, en remet une couche : “La lutte ne terminera pas tant que nous n’aurons pas construit en Europe notre propre Etat. Nous l’obtiendrons plus tôt que tard avec la réunification des 7 territoires... Sans la Navarre, nous ne voulons rien, rien, rien... La Navarre est le pilier d’Euskal Herria... Le chemin sera long, mais nous allons gagner.” Rabachons donc : demain, le conflit va se déplacer au Pays basque français, ce n’est pas faute d’avoir prévenu.

 

 

 

Il est temps que les postures se clarifient en Espagne. Le mouvement indépendantiste doit devenir adulte et se prononcer clairement contre la violence, s’il veut amener à lui une partie des 85 % des Basques qui ne se reconnaissent pas en lui. Car la solution n'est pas dans les armes. Quant au gouvernement, il est urgent qu’il cesse sa politique à vue et qu’il se prononce clairement sur ses intentions. Rendez-vous compte, cela fait trois ans que Zapatero occupe la Moncloa, et on se toujours sait rien de ce qu’il compte faire pour résoudre le conflit basque. Face à ETA, un vrai bâteau ivre ! Il est temps qu’il prenne la main. Et les élections approchent...

 

Par Jean Chalvidant - Publié dans : chalvidant
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