L’étarre De Juana Chaos, en grève de la faim depuis 114 jours, a gagné. Il a quitté ce matin l’hôpital madrilène du 12 octobre en convoi sanitaire pour rejoindre un hôpital du Pays basque. Selon Rubalcaba, le ministre de l’Intérieur, qui assume personnellement la décision, il s’agissait “d’éviter son décès et permettre sa récupération.” Si le traitement qu’il va recevoir à l’hôpital Donosti de Saint-Sébastien le remet sur pieds, il passera le restant de sa peine, un peu plus d’un an, à son domicile, sous surveillance policière ou muni d’un bracelet électronique.
On peut comprendre les raisons qui ont poussé Zapatero à adoucir le régime pénitenciaire de Juana. Condamné à l’origine à 3.000 ans de détention pour 25 assassinats, il en a en fait purgé 18, ce qui solde la peine infligée pour ce motif. On peut simplement constater qu’un an et demi de prison par victime, c’est faire peu de cas de la vie d’un homme. Choquant, écrivais-je l’autre jour. Je n’ai pas changé d’opinion. Il s’est vu ensuite infliger 13 ans supplémentaires pour un délit mineur : avoir écrit dans le quotidien indépendantiste Gara un article menaçant. Une sentence ramenée avec juste raison à deux ans : avec un an déjà accompli, il ne lui en reste plus qu’un à effectuer, à l’hôpital d’abord, chez lui ensuite. Entouré de l’affection des siens. Les familles des morts n’auront pas cette chance.
Mais si l’on creuse un peu le sujet, la stricte observance du droit n’est pas la seule raison de ce régime de “prison atténuée”. En dépit de l’opinion publique, souhaitant que cet assassin rejoigne au plus tôt son Créateur, en dépit de la réflexion du socialiste Juan Carlos Rodriguez Ibarra, déclarant que “il ne faut pas que cet enculé meure, cela en ferait un martyr”, le gouvernement a simplement donné un gage à ETA. Tant pis pour la morale. La porte est désormais entrouverte et demain, ainsi que je l’écrivais dans ma dernière chronique, ETA, plus ragaillardie que jamais, pourra proposer une nouvelle trêve. Que Zapatero va saisir avec reconnaissance, tant il a besoin d’un geste fort pour arriver aux élections législatives de mars 2008, pile dans un an, en situation de force.
On peut deviner également, derrière le traitement très humanitaire réservé à De Juana, un autre calcul. Sans alliés régionaux, le PSOE ne peut l’emporter. Avec le geste de ce matin, le chef de l’Etat s’attire les bonnes grâces du PNV, le Parti nationaliste basque qui demain, saura s’en souvenir et servira de force d’appoint pour conserver Zapatero quatre ans de plus à la Moncloa. Et marginaliser définitivement le PP. Comme quoi une grève de la faim menée par un sicaire a des répercussions inattendues.
Triste conclusion : le chantage, ça marche.
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