L’information est à prendre avec des pincettes, mais étant donné qu’elle me parvient de diverses sources, généralement assez fiables, je me risque à vous la donner : ETA se serait dotée d’un nouveau chef, du surnom de Dienteputo. Exit donc, ou du moins relégué à un rang plus discret et moins exposé, Josu Ternera, responsable de l’échec de la “trêve permanente” ayant conduit à l’attentat de Barajas et dont l’arrestation pourrait être décidée prochainement, car il aurait été “logé” ; il est vrai qu’il ne fait rien pour trop se cacher. Tout comme Txeroki, patron depuis l’arrestation fin 2003 de Susper, de l’appareil militaire et donc des commandos, sans doute jugé trop brut de fonderie et pas assez politique.
Derrière ce surnom curieux, “dent de pute”, se cache en fait José Luis Eciolaza Galán, dont je vous révélais l’existence dans ma chronique du 9 novembre dernier. J’ajoutais alors qu’il faisait partie de la vingtaine de jusqu’auboutistes, agglutinés derrière Txeroki, en compagnie duquel on l’avait vu en Italie. Qualifié d’”historique”, ce terme signifiant qu’il milite dans les rangs de l’organisation depuis plus de vingt ans, Dienteputo est âgé de 45 ans. À son tableau d’honneur, ou d’horreur, sont affichés six assassinats commis avec le commando Gohierri-Costa (dont fit partie Kubati, l’assassin de l’étarre repentie Yoyes). On le retrouve en 1982 membre du commando agissant au Guipúzcoa en compagnie de Pedro José Pikabea Ugalde, Goicoechea Elorriaga Txapela, Olaizola Achucarro Antxon, Bilbao Beascoechea et Bustinza Yurrebaso. Cette activité débordante le força à s’exiler en Amérique latine, où il continua ses activités clandestines comme responsable de l’appareil logistique “Bikingoak “ dans cette partie du monde, Mexique, Cuba, Venezuela, Uruguay et Argentine. De retour en Europe, en l’occurrence en France, il a pris progressivement du poids dans l’organisation, qui manque cruellement d’hommes d’expérience, puisque entre les jeunes chiens et les vieux dirigeants, on constate souvent un écart de trente ans d’âge. Dent de pute est donc une sorte de chaînon manquant.
Txeroki cantonné aux commandos, on aurait un nouvel état-major complètement inédit ainsi composé, sans que l’on connaisse encore la répartition des « compétences » : Eneko Gogeaskoetxea Arronategi, meurtrier d’un ertzaina (un policier basque) en 1997 devant le musée Guggenheim de Bilbao, et actuel responsable des explosifs. Ana López Monge, venant de la kale borroka. Iñaki Domínguez, qui se vouait aux renseignements. Carlos García Preciado, venant lui aussi de la kale borroka. Asier Eceiza Ayerra, qui participa à des attentats. Itziar Plaza Fernández, ancien informateur de la bande. Pablo Aperribay Bediaga, qui avait réalisé des filatures, Oihana Garmendia Marín, qui participa à des attentats. Iker Iparraguirre Galárraga, en fuite à la suite d’un raid policier. Eneko Bilbao Aresti, dont on sait peu de chose, sinon qu’il est né à Bilbao en 1979. Mêmes lacunes pour Zorion Salsamendi Abad, né à Bilbao en 1982. Arkaitz Goikoetxea Basabe, qui attaqua deux ertzainas. Et enfin Zigor Ruiz Jaso, ancien porte parole du groupe Segi, en fuite.
L’impression d’ensemble est l’improvisation, l’inexpérience, mais manifestement on assiste à une répartition des tâches à l’intérieur d’ETA. On imagine la détermination de ces jeunes pousses, qui ont tout à prouver et sont persuadés avoir été trompés par le pouvoir madrilène, qui n’a pas su saisir la main tendue en mars 2006. Mais sur le fond, remplacer Txeroki par Dienteputo, cela ne change rien à l’affaire : ETA s’est réorganisée et se met en ordre de marche pour agir. Aux abris !
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
