Une élection évidente, un avenir plus flou

Publié le par Jean Chalvidant

Pour les abonnés : la presse espagnole m'ayant demandé un commentaire sur  l'élection française, le voici, à chaud, à votre intention.

 

 

Il n’y a pas eu de suspense. Donné vainqueur depuis six mois dans les sondages, Nicolas Sarközy l’a finalement emporté de six points face à Ségolène Royal, 53 % contre 47. Et même les petits sursauts d’entre deux tours, les œillades langoureuses à l’électorat du centriste François Bayrou, n’y auront rien changé. La France est redevenue sérieuse, après s’être fait tirer les oreilles au lendemain du 21 avril 2002 (la présence de Le Pen), et punir de l’Europe pour son « non » au référendum de 2005. Cette fois, pas question de jouer les « franchouillards râleurs », la participation en est la preuve, ainsi que le « vote utile » qui l’aura emporté sur tous les discours extrémistes ou jugés trop folkloriques (12 candidats, dont trois trotskistes, au premier tour).

 

 

Le pays tout entier attendait avec fièvre le débat de mercredi soir entre les deux derniers candidats, et Ségolène Royal en voulant jouer les combatives pugnaces aura en fait été taxée d’arriviste « perdant ses nerfs » selon l’expression du nouveau Président. Face à elle, Nicolas Sarközy gardait son calme et apparaissait dès lors en homme rassurant, à la parfaite stature étatique. Mais les analyses de la victoire ne donnent aucune réponse pour demain.

 

 

Une fois en place, quelle sera la politique réelle du nouvel élu ? Sur ses relations avec l’Espagne, Nicola Sarközy a tenté, pendant toute la campagne, quand Ségolène faisait valoir le soutien de José Luis Rodríguez Zapatero, de rappeler que l’Espagne n’était pas un voisin inconnu. Il a même joué de certains arguments, assurant que le chef du gouvernement espagnol lui avait confié au creux de l’oreille ne jamais vouloir reproduire en Espagne l’exemple français de la réduction du temps de travail. Une apparente connivence qu’il souhaitera certainement, demain, rendre encore plus palpable, pour éloigner les immanquables nostalgies de ceux qui auraient rêvé d’un bloc européen socialiste. S’il est un point sur lequel Sarközy aura toujours œuvré avec ses voisins espagnols dans une parfaite entente, c’est dans le domaine du terrorisme d’ETA. Mais - et les Français l’ont-ils vraiment compris ? – ce n’est plus en ministre de l’Intérieur vindicatif et actif que le pays va retrouver son homme, mais en chef d’Etat à la stature différente, et aux positions obligatoirement adoucies.

 

 

Là où l’avenir pourrait être plus sombre, ce sera sur le passage aux frontières des clandestins. Car si l’Espagne compte servir d’entonnoir pour alimenter la France, elle risque fort de voir refouler vers elle tous ceux qui se heurteront aux nouvelles lois anti-immigration, de l’autre côté des Pyrénées. A tirer à hue et à dia de part et d’autre, possible que des tensions apparaissent.

 

 

La France va changer, se rénover, mettre en place une « rupture » si souhaitée avec l’avant, elle vient de commencer en élisant un de ses plus jeunes président, 52 ans, à l’instar de Zapatero. Pas de surprise, donc, mais pas non plus d’événement ayant bipé les dés comme ce fut le cas en mars 2004 à Madrid avec les attentats d’Atocha.

 

 

Ici, le prévisible s’est confirmé, mais les surprises ne seront-elles pas pour demain ? Car, il est une question qui hante un peu tous les esprits. Quid des banlieues au lendemain de ces élections, et de cette haine accumulée depuis des mois envers le ministre de l’Intérieur, devenu aujourd’hui Président de la République ? Avec des élections législatives dans un mois, il n’est pas certain que la France soit vraiment ce havre paisible et mâture qu’elle s’évertue à vendre en image parfaite à ses voisins européens.

 

 

Voici donc Sarkozy installé pour cinq ans à l’Elysée. Les amateurs de belles histoires ne manqueront pas de faire remarquer que Cécilia, épouse Sarközy, est la petite cousine d’Alberto Ruiz Gallardón. Qui sait si un jour cette parenté ne se retrouvera pas à la tête de nos deux Etats ?

 

 

Publié dans chalvidant

Commenter cet article