Le chef d'Al Quaeda en Europe serait "Le Chinois"

Publié le par Jean Chalvidant

Le ronron lancinant des témoignages au procès du 11-M (l’attentat d’Atocha) a brusquement cessé cet après-midi, lorsque le commissaire en chef des Etudes policières, José Cabanillas, a assuré les jurés qu’il était persuadé que Jamal Ahmidan - dit « Le Chinois » en raison de son faciès asiatique - était le vrai chef militaire d’Al Quaeda en Europe. Alors que l’on était jusqu’alors convaincu qu’il s’agissait de l’un des inculpés, le marocain Youssef Belhadj, arrêté en Belgique en février 2005 et transféré en Espagne en avril suivant.

 

Un sacré pavé dans la mare, qui nécessite une explication, que Cabanillas se risque à effectuer. Pour cela, il se base sur des conversations téléphoniques interceptées. Sur toutes celles qu’il a eues entre les mains était désigné comme chef d’Al Quaeda en Europe un certain Abu Dujuna Al Afgani, un pseudo utilisé par Belhadj. C’était du moins la certitude de la police. Sur toutes, sauf sur une, un enregistrement sur cassette trouvée dans les décombres de l’appartement de Leganés dans lequel « Le Chinois » discourt « en position de chef, d’émir. »

 

Comme l’argument semble un peu fragile, Cabanillas présente d’autres références : ainsi le surnom d’Afgani pourrait correspondre au Chinois car, selon sa femme, « il avait le rêve d’aller combattre en Afghanistan. » Soit. Continuons : dans le disque dur de son ordinateur furent découvertes des archives tirées du web « Global Islamic Media », concrètement de la page d’Abu Annan, qui diffusa l’égorgement d’un homme d’affaire américain. On voit mal le rapport. Autre document dans son PC, un communiqué signé des Brigades d’Abu Hafs al Masri, affirmant que « ceux qui ont été surpris par la rapidité de notre revendication de la bataille de Madrid, sachent que les circonstances le voulaient. Dans le cas de Madrid, le facteur temps était très important pour mettre fin au gouvernement de l’ignoble Aznar. »

 

On n’est toujours pas convaincus. Aussi Cabanillas sort-il son argument massue : à cette époque, le réseau de Ben Laden avait annoncé une trêve sur le territoire de Al Andalus. Or, sur la cassette retrouvée à Leganés, les terroristes annoncent qu’ils entendent la briser. Faisant dès lors preuve de leur autonomie et de leur pouvoir de décision. C’est à mon sens oublier un peu vite que Belhadj a été identifié comme le porte-parole des terroristes, celui-là même qui avait laissé une cassette dans une poubelle située près de la Mosquée de Madrid, deux jours après l’attentat. Tout comme celui qui avait loué le fameux appartement de Leganés. Ce qui fait beaucoup à sa charge.

 

Cela dit, il ne convient guère de se réjouir. En admettant avec beaucoup d’indulgence que « Le Chinois » soit effectivement le patron de l’organisation en Europe, il a trouvé la mort peu après l’attentat avec six de ses corréligionnaires à Leganés, en faisant exploser leur propre bombe, pour échapper aux forces de l’ordre qui encerclaient l’appartement et qui allaient donner l’assaut. Ce qui signifie qu’aujourd’hui, il a été remplacé. Par qui ? Au-delà du devoir de vérité qu’on doit aux victimes, c’est la seule question qui devrait nous intéresser.

 

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