Une victoire à la Pyrrhus

Publié le par Jean Chalvidant

Finalement, tout le monde est content. Les élections municipales et autonomes ont délivré leur verdict : globalement, en additionnant le nombre total de bulletins, le Parti populaire recueille 155.991 voix de plus que le Parti socialiste. Ce qui l’autorise à crier victoire. En revanche, le PSOE se maintient plus solidement qu’on ne l’augurait, d’autant plus que le petit jeu des alliances locales, tant avec les communistes d’Izquierda Unida qu’avec les mini-partis, va certainement lui permettre de gouverner dans 12 capitales de province : à la majorité absolue. Ainsi à Las Palmas de Gran Canaria. Et suite à des pactes à Orense, León, Soria, Logroño, Zamora, Tarragona, Jaén, Vitoria, Toledo, Cáceres et Palma de Mallorca. Plus quelques autres grandes villes, jusqu’alors aux mains du PP, telles Mérida, Vigo, Ferrol ou Jerez de la Frontera, tout comme à Sanlúcar de Barrameda (Cádiz) et Coslada (Madrid).

 


Vraisemblablement, le PP va perdre le pouvoir dans les capitales de province, passant de 30 à 22, tandis que le PSOE en obtiendrait 24 (contre 15 en 2003). Les pronostics lui sont favorables sur huit villes de plus de 250.000 habitants, Barcelone, Seville, Saragose, Las Palmas de Gran Canaria, Vigo, Gijón, Hospitalet de Llobregat et La Corogne. Le PP serait assuré de 7 municipalités, Madrid, Valence, Málaga, Murcie, Palma de Mallorca, Valladolid et Alicante. Concrètement, les socialistes comptent 24.026 conseillers municipaux, contre 23.347 au PP, qui recueille en la circonstance une superbe victoire à la Pyrrhus.

 

On constate donc que les choses sont moins claires qu’il ne le semblait d’emblée. Et le numéro d’auto satisfaction exercé hier soir par Mariano Rajoy avait un petit côté décalé et irréaliste. Car le parti ayant le plus perdu à ces élections a bel et bien été le PP, incapable de nouer la moindre alliance avec des formations minoritaires, voire folkloriques, dont l’appoint à l’heure des alliances lui permettrait de constituer des majorités. N’oublions pas qu’il ne s’agissait pas d’élections législatives, mais locales. Aussi vouloir à tous prix en tirer des leçons générales est un tantinet hors de propos. Non, le PSOE n’est pas à terre, non le PP n’est pas devenu majoritaire. Non, Zapatero n’a pas été désavoué par ce scrutin, qui n’est que… local. Il doit tout de même se sentir morveux, lui qui claironnait jusqu’alors que « celui qui gagne en voix remporte les élections. » Comme quoi on parle toujours trop.

 


Deux résultats attirent particulièrement l’attention. Celui de Madrid tout d’abord, où Esperanza Aguirre l’emporte de 25 sièges face à Rafael Simancas (contre 12 en 2003), soit 19,8 points d’avance. Elle devient de ce fait la présidente madrilène ayant le plus recueilli de voix dans l’histoire de la jeune démocratie. Quant au maire de la capitale, Alberto Ruiz-Gallardón, il écrase littéralement son adversaire socialiste, le technocrate Miguel Sebastián, ancien bras droit de Zapatero, avec 55,5 % contre 30,88 %. Le second résultat concerne la Navarre, une Communauté autonome convoitée par les séparatistes basques, qui la considèrent comme faisant partie de leur territoire historique. Là, l’UPN, c’est-à-dire le PP, qui gouvernait jusqu’alors, obtient 22 conseillers contre 12 à Nafarroa Bai, la coalition constituée  d’Aralar, du PNV, EA et Batzarre, et 12 au PSOE., IU obtenant deux élus, tout comme le CDN, l’allié actuel de Miguel Sanz. La main est chez les socialistes, qui décideront avec qui s’allier, soit les nationalistes, soit le PP, ce qui serait très étonnant. Un choix d’importance face au séparatisme basque revendicatif et expansif.

 

Conclusion : si Zapatero est le premier président à avoir été désavoué en seulement trois ans de présidence, les lignes n’ont pas vraiment été bouleversées, et ces élections n’auront constitué qu’un tour de chauffe, en attendant celles de mars 2008, à moins que devant sa perte de vitesse, Zapatero ne décide de les avancer à l’automne. Il connaît la carte électorale : depuis 1983, le parti l’ayant emporté aux municipales a toujours gagné l’année suivante. Tout cela devient passionnant.

 

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