La barbarie est de retour

Publié le par Jean Chalvidant

À partir de ce soir, minuit, personne, militaires, politiciens, journalistes, policiers ou petit peuple de la rue, ne sera plus en sécurité en Espagne ou au Pays basque espagnol. Après quatorze mois d’inactivité, baptisés « trève permanente », ETA a en effet décidé de revenir à ce qu’elle sait faire de mieux : la terreur, la violence, le meurtre. Pour ceux qui suivent de près ses activités, et en particulier les lecteurs de cette chronique, l’annonce de ce retour à l’action ne constitue pas une surprise. La bombe posée en décembre dernier à l’aéroport de Barajas avait déjà officialisé la fin de la trêve et le redémarrage des hostilités. Le temps et l’Histoire jugeront les responsables de cette gabegie, car tout était possible, et rien n’a été fait.

 

Honte tout d’abord à Zapatero, qui n’a jamais ébauché un geste positif ou même symbolique, comme le rapprochement des étarres prisonniers vers leur région d’origine. C’est lui qui a décidé de ne pas « mouiller » l’exécutif, et envoyé des émissaires de second plan bavasser en catimini avec Batasuna, et non avec ETA. Où était donc le ministre de l’Intérieur, le rusé Rubalcaba, pendant ce temps-là ? Lui qui a par angélisme ouvert la porte des municipales à une liste indépendantiste, ANV, tout en la lui fermant en faisant invalider la moitié de ses candidats. Une solution qui n’a satisfait personne et a énervé davantage ETA, privée de voie de sortie politique. Lui qui a fermé les yeux devant les envois de lettres réclamant l’impôt révolutionnaire. Lui qui s’est vu dépassé dans la gestion du sicaire de Juana Chaos, lors de sa grève de la faim-chantage. Lui qui n’a pas cherché le consensus de la nation en réactivant le Pacte antiterroriste avec le PP, qui était demandeur. Lui enfin qui par candeur ou méconnaissance a mésestimé le phénomène étarre. Aujourd’hui, il recueille les fruits de son manque de vision, de son inaction et de ses tergiversations. Le pacificateur auto proclamé s’est pris les pieds dans le tapis ; c’est confirmé, le costume de chef de gouvernement s’avère un peu trop large pour lui.

 

Et puis, et surtout, honte à ETA. Voilà maintenant près de quarante ans qu’elle tue (827 victimes) pour un résultat nul, sinon celui d’avoir fait le malheur de dizaines de milliers de familles et dressé les Basques les uns contre les autres. Répétons-le, les séparatistes (ce qui ne signifie pas forcément les partisans de la violence) en Euskadi représentent environ 150.000 personnes, sur une population de plus de 2 millions d’habitants. C’est dire que l’embrigadement est minime et que ses idées ne prennent pas. Si la bande désire parvenir à un résultat tangible, elle doit renoncer à son fanatisme. Elle n’est pas, et ne sera jamais, en situation d’exiger que l’Espagne, sous la menace des armes et du terrorisme, se désaisisse d’une part de son territoire. De ce que l’on savait de ses revendications, aucune n’était recevable, sinon la libération des prisonniers en cas de reddition. Son avenir, si elle en a un, est dans la démocratie, dans les urnes, comme a su le faire l’IRA en Ulster. Mais à la tête d’ETA se trouvent des marxistes-léninistes purs et durs, qui n’ont rien appris et manquent cruellement de culture politique et de clairvoyance. Un Mikel Antza, le plus intelligent du lot, arrêté à l’automne 2004 à Salies-de-Béarn, aurait été bien utile en ce moment.

 

ETA s’est remis en ordre de marche et compterait cinq commandos opérationnels sur le sol espagnol. Sous les ordres du vétéran Josu Ternera, secondé de ses adjoints Francisco Javier López Peña, dit Thierry, et Juan Cruz Maiztegi Bengoa Pastor, l’organisation a, selon son expression, « ouvert tous ses fronts ». On sait ce que cela signifie. Pour une fois, cette trêve tant espérée n’était pas « une paix en trompe l’œil » et tout était possible. La précédente, de 14 mois également, remontait à 1998. À ce rythme là, la prochaine aura lieu… en 2015. Combien de morts allons-nous encore pleurer ?

 

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