Un anniversaire à oublier

Publié le par Jean Chalvidant

Cela semble autant incongru que de poser la question de l’avenir de la Monarchie orléaniste en France. Et pourtant aujourd’hui est célébré sur la Péninsule le 75ème anniversaire de la II République, avec commémorations, dépôt de gerbes, chants et drapeaux tricolores à l’appui, en présence de plusieurs centaines de nostalgiques ayant largement passé les quatre-vingt printemps, aussi pathétiques que leurs homologues franquistes, allant se recueillir chaque 20 novembre au Valle de los Caidos. Dans le même temps, des intellectuels publient un manifeste assurant que « la proclamation incarna le rêve d’un pays capable d’être meilleur que soi-même » (un traducteur de haute volée est réclamé). On croyait pourtant que le lit avait été fait des bienfaits de cette Seconde République : des églises incendiées, tout comme des bibliothèques, des écoles, la Semaine sainte supprimée, la fermeture de près de cent journaux de droite. Le tout au nom de l’idéal démocratique, qui faisait dire à Manuel Azaña que « toutes les églises de Madrid ne valent pas la vie d’un républicain ».

 

Mais l’angélisme et la nostalgie sont de rigueur : oubliées les menaces de mort adressées aux dirigeants de l’opposition, les assassinats de certains d’entre eux, les grèves à répétition, les milices armées dans les rues et finalement le Front populaire. Oubliée surtout que la cause du soulèvement franquiste de juillet 1936 est dû à la déliquescence de l’Ētat, ou plutôt de cette République, avec des dirigeants désemparés pris entre le marteau et l’enclume, ou la faucille, ce qu’on appelait alors le bolchévisme, l’anarchie, le nationalisme, la violence et l’insurrection latente. Voila ce que célèbrent avec faste ce 14 avril ceux qui n’ont rien oublié, et surtout rien appris. Ils devraient relire l’humaniste et républicain Gregorio Marañon (chez qui se réunirent il y a 75 ans aujourd’hui même Romanones et Alcalá Zamora pour décider du départ en exil du roi Alphonse XIII), qui écrivit « mon respect et mon amour de la vérité m’obligent à reconnaître que la République espagnole a constitué un échec tragique. » Fermez le ban.

 

 

La Monarchie espagnole doit-elle pour autant trembler sur ses bases ? Pas vraiment. Si les Espagnols se reconnaissent davantage plus juancarlistes que monarchistes, en ce sens que le Roi a su habilement se mettre au-dessus des partis et ne jamais incliner d’un côté ou de l’autre, ils acquiescent que « la Monarchie est ancrée dans la tradition et l’Histoire espagnole » à 81,2 %, contre 7,7 %, selon un sondage effectué en mai 2004 par le CIS. Reste qu’un nouveau courant est en train de naître, ouvertement républicain, à l’instigation de l’ERC catalane. Ce que voit sans déplaisir le chef du gouvernement, José Luis Rodríguez Zapatero, ouvertement rouge et républicain, ainsi qu’il l’a déclaré récemment. Un paradoxe de plus de cette Espagne déconcertante.

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Publié dans chalvidant

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