La boite de Pandore

Publié le par Jean Chalvidant

Au nom de la mémoire historique, qui comme le tampon Jex sert à tout à condition de savoir s’en servir, le Congrès vient de décider en urgence et en lecture unique de reconnaître la II République comme seul prédécesseur de l’actuelle démocratie. Et fait de 2006 l’année de la Mémoire historique, en exhortant le gouvernement à présenter d’ici un mois un document sur la situation des victimes de la Guerre civile et du franquisme. Une proposition promue par Izquierda Unida (communiste), soutenue par le PSOE, PNV, Coalicion canaria, groupe mixte  et les Catalans de CiU et votée par 172 députés contre 131 (tous du PP) et 4 abstentions de ERC, qui juge la mesure insuffisante. Gauche contre droite, le clivage est clair. Côté merchandising, des timbres et des monnaies à l’effigie de ceux qui défendirent « l’ordre constitutionnel établi lors de la II République » et eurent à pâtir de la répression franquiste seront édités.

 

Tout rentre donc dans l’ordre. Ou plutôt dans un ordre sectaire et partisan dont l’Espagne aurait pu s’exonérer. Felipe González, au pouvoir de 1982 à 1996, avait pris un soin tout particulier de ne pas opposer les deux Espagne et n’évoquait que très rarement le conflit, le franquisme, ses outrances et sa répression. Mais il était un homme d’Ētat et restera dans l’Histoire. Son successeur à la Moncloa, José Luis Rodríguez Zapatero semble à son contraire être animé d’une mission de réécriture historique, certains diront de révisionnisme, en réouvrant de vieilles blessures, sans doute au nom de son grand-père exécuté par les franquistes le 18 août 1936, le capitaine Juan Rodríguez Lozano, après avoir laissé un testament demandant qu’on ne l’oublie pas.

 

Il n’est plus personne aujourd’hui pour encenser Franco et son régime et c’est fort bien. Mais ils appartiennent à l’Histoire et c’est le rôle des historiens de sortir les documents et de débattre. Pas aux politiques, faisant passer leurs idées revanchardes et leurs ukases partisans grâce à une majorité de circonstance. Que se passera-t-il si dans deux ans, le PP revient aux affaires ? On réhabilitera les victimes des Républicains ? Sordide, dérisoire et surtout dangereux pour un pays déjà déchiré par les séparatismes et la crispation. Même l’Ēglise en rajoute une couche, avec la décision prise hier par Benoît XVI d’autoriser la béatification de 53 martyrs assassinés durant la Guerre civile.

 

Qu’on laisse les morts, de droite comme de gauche en paix. Ils méritent mieux que cette récupération. Et qu’on ne cherche pas à déterrer leurs restes pour prouver quoi que ce soit. Au risque de se couvrir de ridicule, comme lorsque l’Association pour la récupération de la mémoire historique annonça triomphante qu’elle avait retrouvé dans les Alpujarras, au sud de Grenade, des ossements appartenant à des démocrates assassinés par des phalangistes. Entre 2.300 et 2.500 personnes, d’après elle. Ce qui constitua une page entière de El País du 1er septembre 2003. Patatras, il s’agissait d’os de chiens et de chèvres… Sans mémoire et sans histoire.

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Publié dans chalvidant

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