Le ver est dans le fruit
Un événement considérable, que dis-je, un coup de tonnerre vient de survenir hier à Madrid, sans que quiconque l’ait trop remarqué ou commenté : le Congrès a repoussé la proposition de loi du PP visant à étendre à l’ensemble de l’Espagne le référendum sur le nouveau statut catalan. Les uns après les autres, les différents partis parlementaires l’ont rejetée, par 173 voix contre 140, accusant la droite de vouloir opposer la Catalogne et l’Espagne, en posant la question de l’égalité des Espagnols et la remise en cause de l’Ētat. Les Catalans, du moins certains, seront donc ravis. Malheureusement, là n’est pas le problème.
Les parlementaires espagnols, à la hauteur de réflexion aussi élevée que celle de leurs homologues français, viennent de prendre une décision à courte vue, sans appréhender les conséquences de leurs votes. En effet, comment refuser demain au Pays basque ce que l’on accorde si aisément à la Catalogne ? On sait que la pierre angulaire des revendications d’ETA consiste en l’organisation d’un référendum localisé à Euskadi, où les seuls Basques décideront de leur futur : séparation avec l’Espagne ou pas. Les chiffres sont clairs : 2 millions de Basques face à 44 millions d’Espagnols, on envisage le résultat... Le ver est donc dans le fruit et la jurisprudence est acquise. En termes simples, une Communauté autonome espagnole va désormais avoir seule le droit de décider de son sort, et cas extrême, pour peu que l’on procède à un rapide toilettage d’un article de la Constitution, de se dissocier de l’Ētat. Un véritable tsunami politique.
Zapatero, fort de ce vote, a donc la voie ouverte pour s’asseoir à la table de négociations les mains pleines pour satisfaire aux revendications d’ETA. Bien que le chef de l’exécutif soit jusqu’à présent resté très évasif sur ses intentions vis-à-vis des indépendantistes basques, on le voit mal désormais nier à Vitoria ce qu’il concède à Barcelone. Voila comment, par un vote inconsidéré, et sans perspective, la face de l’Espagne, lors d’une chaude matinée de printemps, va peut-être changer. Aznar parlait d’un risque de balkanisation de l’Espagne. Sur ce point au moins, comment lui donner tort ?