Josu Ternera, le dernier des Mohicans

Publié le par Jean Chalvidant

C’est un fait, la quasi-totalité des dirigeants d’ETA est sous les verrous, le dernier en date, et non le moindre étant Mikel Antza, détenu à Salies de Béarn en octobre 2004. Il faut ici relever le drame interne de l’organisation, incapable depuis la disparition accidentelle de Txomín (chute d’un toit) d’avoir trouvé un leader charismatique pour le remplacer, puisque tour à tour, les étoiles Pakito, Iñaki de Rentería, Txapote, Mobutu, Susper ont été arrêtées. Un seul, et non des moindres, a réussi à passer entre les gouttes, Josu Ternera, de son vrai nom José Antonio Urrutikoetxea Bengoetxea (il a bien fait de choisir un pseudo plus simple).

 

C’est un vieux de la vieille, puisque né en 1950, qui intègre ETA dès ses vingt ans et commet sa première action en dérobant 8.500 kilos d’explosifs à la poudrière d’Hernani (Guipúzcoa), dont une partie servira à faire sauter la voiture du bras droit de Franco, l’amiral Carrero Blanco, le 20 décembre 1973, un attentat auquel il participe. Preuve de son absolutisme, ce serait lui et Pakito qui auraient donné l’ordre d’assassiner l’étarre repentie Yoyes. Arrêté et déporté à l’île de Porquerolles et amnistié en 1977, il retourne aussitôt au combat et s’impose comme le numéro 1 de la bande, profitant du vide créé par la mort de Txomín, l’arrestation de Txikierdi et de la déportation d’Antxón. Arrêté de nouveau en janvier 1989, il est condamné en France à dix ans de prison pour association de malfaiteurs, détention d’armes et de faux papiers ; extradé en Espagne il est relâché en janvier 2000, faute de preuves.

 

Deux ans auparavant, depuis sa prison, il a été élu aux élections autonomes basques sur une liste EH (Euskal Herritarrok) et est même présenté par son parti comme son représentant à la Commission des Droits de l’Homme du Parlement basque (non, ce n’est pas une blague). Mais en janvier 2002, le juge Garzón lui impute l’attentat contre la caserne de la Garde civile de Saragosse en 1987, ayant fait 11 morts, dont 5 enfants et 73 blessés. Ce qui le contraint en novembre 2002 à quitter le Parlement et replonger dans la clandestinité. En 2003, dans mon livre « ETA, l’enquête », j’écrivais : « Grâce à son passé, sa stature et sa crédibilité vis-à-vis des étarres en liberté ou en prison, il est à notre sens l’un des rares capables, le jour venu, de parler au nom de l’ensemble d’ETA. L’un des seuls capables de décréter l’arrêt des hostilités ». Ce qui n’était pas si mal vu, car c’est lui, et lui seul, qui a imposé à l’organisation la trêve de mars dernier.

 

C’est en effet Josu Ternera qui a mené les négociations préalables et secrètes, sous l’égide du Centre pour le dialogue humanitaire, une institution suisse indépendante, à Zürich et en Norvège. Lui encore qui était dissimulé la semaine dernière sous une capuche et un béret pour répondre aux questions du quotidien Gara. Croire qu’une scission entre durs et mous (lui) au sein de l’organisation pourrait survenir est un leurre. Le plus velléitaire, son lieutenant Txerokee, responsable des commandos, est aux ordres, ne possède pas la carrure et la stature intellectuelle de Josu et ne bougera pas une oreille. On dit de lui qu’il ne fait pas la différence entre Groucho et Karl Marx. Une indiscrétion des services espagnols, à prendre avec des pincettes, indiquerait que Josu serait prêt à aller au bout du processus de paix, tout en maintenant une sorte de cellule de veille, forte d’une vingtaine de militants, les plus décidés et les plus aguerris, afin de remettre le feu aux poudres si les négociations ne vont pas dans le sens voulu. Ce qui serait logique. Reste que Josu Ternera, révolutionnaire, marxiste léniniste  psychorigide, atteint d’un cancer et revenu de toutes les guerres va depuis la coulisse, être dans les mois qui viennent le personnage incontournable de l’interminable feuilleton basque. Pendant ce temps-là, 49,4 % des Espagnols, selon un sondage du CIS publié hier, sont persuadés que la trêve n’apportera pas la paix. À lui de prouver le contraire.

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