Batasuna s'entraîne

Publié le par Jean Chalvidant

Il semble qu'un bug ait bloqué mon blog du jour... Pas une blague.

Après réparation et avec mes excuses, voici la version complète.

C’est un sacré lièvre que vient de lever le quotidien El País dans sa livraison de dimanche. Depuis fin 2003, deux dirigeants de Batasuna (la version politique et présentable d’ETA, illégale depuis mars 2003), Pernando Barrena, son porte parole et Joseba Álvarez, responsable des relations internationales des abertzales, se sont rendus à cinq reprises en Afrique du Sud, concrètement à Pretoria, afin de suivre une série de cours sur la manière de mener des négociations. En leur compagnie, l’avocat Urko Aiartza, anglophone qui servit déjà de lien entre Batasuna et le Sinn Fein irlandais, bras politique de l’IRA. Et à une occasion, un étarre venant de purger vingt années de prison, dont le nom reste encore inconnu.

 

Joseba Álvarez reconnaît les faits : « Ce fut grâce au Sinn Fein que nous avons compris le rôle important de l’expérience sud-africaine sur le processus  irlandais… D’une certaine façon, nous avons suivi leurs pas, car nous avons à apprendre des Sud-Africains. Ceux du Sinn Fein nous ont dit qu’ils ont tiré de nombreuses leçons du CNA (le parti de Nelson Mandela). Gerry Kelly (dirigeant du Sinn Fein) nous le répétait sans cesse. Et dans les livres de Gerry Adams, cela ressort toujours. Bien sûr, les conflits sont différents, mais ce dont nous nous sommes rendus compte, c’est que les processus de négociation ont de nombreux traits en commun. »

 

 

À Pretoria, les émissaires, et donc futurs négociateurs de Zapatero, ça y est, on connaît déjà deux d’entre eux, se sont donc réunis avec des membres du CNA, le Congrès national africain de Thabo Mbeki actuellement au pouvoir, et des professionnels locaux spécialisé sur le thème de la résolution des conflits. Batasuna voulait précisément comprendre comment le CNA était sorti de trente ans de clandestinité et de quelle façon il avait obtenu l’élargissement de ses prisonniers. En rêvant de recréer les mêmes fins, puisque la majorité des ministres du premier gouvernement de Mandela était constituée d’anciens détenus. Il leur fut répondu que le thème de la libération ne pouvait être abordé indépendamment d’un processus général portant sur les négociations de paix. On sait qu’ETA l’entend ainsi, alors que Zapatero désire que deux conversations aient lieu séparément.

 

Lors de deux autres réunions, tenues en décembre et avril 2005, les émissaires durent subir un véritable training dans une ferme à Dullstroom, où avait eu lieu en son temps la rencontre entre le CNA et le gouvernement sud-africain du président de Klerk. On imagina une mise en scène, entre adversaires et partisans, avec échange d’arguments, claquements de porte et utilisation médiatique. « On mit de côté l’idéologie et les émotions, on fit une liste des demandes de Batasuna et on analysa froidement celles qui étaient réalisables et celles qui seraient difficiles ou impossibles à mettre en place. » Álvarez et Aiartza ajoutent : « Il n’est pas seulement question de jeter des ponts, mais de les croiser. Et qu’au final, tu t’asseyes… Il faut calmer les peurs et le ressentiment des gens de l’autre côté. La leçon de l’Afrique du Sud, c’est qu’il faut s’aider mutuellement… La résolution d’un conflit doit être intégrale, par exemple ne pas traiter la démilitarisation en soi d’un côté, et les thèmes politiques de l’autre… Si tu cherches une solution, il faut que tout le monde gagne. Et une fois arrivé à un accord, parvenir au monde réel, visible pour la société. Que tout le monde respecte ce qui a été signé, sans marche arrière, que cela plaise ou pas. »

 

 

La bonne volonté semble donc au rendez-vous. Reste à savoir le degré de solidité du gouvernement madrilène et là, c’est encore et toujours le flou. Zapatero vient d’annoncer qu’en juin, il annoncera la date du début des négociations. On croise les doigts.

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Publié dans chalvidant

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