La droite en perdition
Vous êtes plusieurs à me demander des nouvelles de José María Aznar, ce qui sous-entend que vous attendriez donc ou espéreriez son retour sur la scène politique espagnole. Car il faut bien reconnaître que depuis son départ volontaire, la droite subit revers sur revers et que son successeur désigné, Mariano Rajoy, ne l’a pas fait oublier. Un seul être vous manque…
Pire, Aznar n’entend absolument plus revenir dans l’arène politique. À la tête de la FAES, la fondation fournissant réflexions et argumentaires au PP, il s’est érigé en statue du commandeur et se contente de délivrer quelques méchancetés, distillées au compte-gouttes, envers son successeur à la Moncloa, qu’il considère toujours comme un usurpateur, étant données les circonstances litigieuses mais légales de son élection trois jours après l’attentat d’Atocha et ses 192 victimes.
Preuve supplémentaire de son éloignement, il vient d’être coopté membre du conseil d’administration de News Corporation, le groupe de communication de l’australien Rupert Murdoch (deuxième au monde derrière Time Warner (Cnn), 25 000 millions de dollars de CA annuels et présent dans le cinéma avec 20th Century Fox, la télévision avec Fox, Sky, la presse avec le Sunday Times, The New York Post, The Weekly Standard ou l’édition, avec Harper Collins). La politique semble bien loin…
Rajoy reste donc orphelin. Lui qui a été adoubé par Aznar n’a pas réussi, durant cette longue traversée du désert, à le faire oublier. Pire, son parti a été systématiquement battu depuis deux ans à l’ensemble des élections, qu’elles soient européennes ou locales (Galice, statut de Catalogne). Là où la droite avait besoin d’un chef de guerre, charismatique et mobilisateur, elle se retrouve avec un père fouettard à la barbe blanche, qui ne sait que morigéner sans proposer. La preuve en est encore administrée avec la gestion de la question basque, où la posture du PP est illisible. Partie sur ces bases, elle ne réussira pas à déloger Zapatero dans deux ans.
D’autant plus que derrière, la jeune garde piaffe. Si Ángel Acebes et Eduardo Zaplana ne sont plus porteurs d’avenir, à cause de leur implication partisane dans la gestion du 11-M, que Josep Piqué s’est noyé dans le cloaque catalan, grandit l’étoile Ruiz-Gallardón, qui attend sereinement depuis sa mairie de Madrid que son chef de file vacille. Apprécié par la gauche (en particulier par Bono et le groupe de presse de Polanco), il lui faudra reconquérir le cœur de la droite, qui doute de la profondeur de ses convictions, tout comme celui des Madrilènes, lassés des travaux interminables lancés sur le périphérique, la M 30 et intra muros et qui lui valent le sobriquet peu flatteur de « pharaon ». Attention, il furent nombreux, grands Egyptiens à finir empoisonnés, par leurs proches en particulier. À moins que tout cela, finalement, ne soit jamais qu’une pyramide, tout en carton !