Paris ferme la porte
Il y a une quinzaine de jours, ETA envoyait un communiqué, rédigé en euskera et en français, à la radio basque française Gure Irratia et au correspondant de ETB à Bayonne, reprochant au gouvernement français son « attitude répressive » et le pressant d’effectuer des pas concrets en prenant part au dialogue qui va s’instaurer dans les semaines à venir. On attendait donc sans vraiment d’illusions la réponse de Paris, qui vient de tomber, avec la visite à Madrid de notre ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarközy.
« C’est une question interne à l’Espagne », a martelé à plusieurs reprises le futur candidat à la présidence française, fermant donc la porte à toute interprétation et surtout à tout espoir de l’organisation d’internationaliser le conflit. Car pour elle, Euskadi forme un tout, indissociable : les trois provinces basques espagnoles (Guipúzcoa, Álava et Biscaye), bien sûr, plus la Navarre (actuellement Communauté autonome et fière de l’être) et les trois régions basques françaises du Labourd, de la Soule et de la Basse Navarre. Ce qu’elle entend négocier aujourd’hui, dans un premier temps, touche l’avenir des trois espagnoles. Elle s’impliquera par la suite sur les autres. Inutile donc de préciser que si la France a jusqu’alors été protégée des gouttes, elle devrait par la suite prendre l’orage en pleine face. Car ETA n’a qu’un but : l’indépendance totale d’Euskadi. Par tous les moyens.
Et bien sûr, on en rie à Paris. Les politiques expliquent à l’envi que les séparatistes basques représentent à peine 5 % en France (grosso modo 10.000 voix), que l’Espagne est culturellement fédéraliste, tandis que le jacobinisme gaulois est solidement ancré. Oui… mais. Il y a quarante ans, on prenait ETA pour un groupuscule terroriste, une bande d’assassins, nihilistes et sans avenir. Et aujourd’hui, Zapatero et ses ministres vont se réunir avec eux, prêts pour signer la paix à leur concéder la libération des prisonniers et un référendum d’autodétermination ! Alors, prudence.
À part cela, Nicolas a été très chaleureusement accueilli par Zapatero, qui a lourdement insisté auprès de lui pour que les quelque 150 séparatistes prisonniers dans notre pays bénéficient d’un traitement particulier (ainsi que le demande ETA). Tous deux sont tombés d’accord sur l’idée que ceux n’ayant pas de sang sur les mains pourraient être élargis rapidement. Le locataire de la Moncloa a également suggéré qu’un bémol soit mis à la chasse au terroriste basque, redoutant qu’un raid intempestif de nos pandores ne fasse arrêter Josu Ternera ou Txeroki, sonnant le glas de toute négociation et de tout accord. Sur ce point, certaines informations en ma possession concordent : Sarko n’a rien promis.
Après quoi, il s’en est allé rencontrer José María Aznar et son ancien ministre de l’Intérieur, Ángel Acebes, qu’il apprécie, et la soirée s’est terminée dans un restaurant madrilène en compagnie du maire de Madrid et vraisemblable futur leader de la droite espagnole, Alberto Ruiz-Gallardon, par ailleurs cousin de Cecilia, qui était de la fête. Deux hommes qui pourraient un jour occuper la présidence de leur pays. Mais ça, c’est de la politique fiction.