Le syndrome Susini

Publié le par Jean Chalvidant

Les plus anciens, ou les moins oublieux d’entre vous se souviennent sans doute de la fin douloureuse de la guerre d’Algérie, de la résistance effrénée de l’OAS, avant sa déliquescence. Pour les uns, ce fut le jugement, la prison, voire le poteau d’exécution, pour les autres l’exil et l’oubli. Mais se rappelle-t-on qu’il existât, alors que le sort des armes était joué et que la politique via un référendum avaient décidé du sort de la province française, une bande d’irréductibles de l’Algérie française, menée par Jean-Jacques Susini ? Ils entendaient poursuivre le combat après la signature des accords d’Evian en mars 1962, commettant des actions terroristes tant sur la métropole que le sol nouvellement algérien. Une action vouée à l’échec mais qui empoisonna pendant plusieurs mois, jusqu’à l’indépendance effective du 1er juillet, la vie de millions de personnes. Finalement, Susini signera un accord particulier avec Seghir Mostefaï, représentant du GPRA et se réfugiera en Italie.

 

Ce syndrome jusqu'au-boutiste pourrait se retrouver au Pays basque, puisque des informations concordantes aboutissent à la certitude que si ETA parle aujourd’hui d’une seule voix et s’est rangée sous l’autorité tutélaire du vétéran Josu Ternera, le plus politique et le plus expérimenté de l’organisation, une scission se prépare qui pourrait flanquer en l’air tout le lent processus de paix à peine ébauché. Car si la quasi-totalité de la bande considère qu’il est temps de tirer profit de quarante ans d’activisme, de jouer un rôle politique en Euskadi et de trouver un compromis pour faire libérer les prisonniers et sortir la tête haute de la lutte, d’autres entendent ne rien concéder à Madrid et exiger de Zapatero qu’il accepte un référendum d’autodétermination, menant à l’indépendance d’Euskadi. Faute de quoi ils ne rangeront pas les armes au râtelier.

 

À la tête de cette faction, Txeroki, le chef de l’appareil militaire, la branche qui l’a historiquement toujours emporté face aux « politiques ». Sur les 150 membres d’ETA prêts à intervenir du jour au lendemain, il peut compter sur une sorte de garde prétorienne d’une dizaine d’activistes, imprégnés de l’esprit des commandos bereziak, âgés d’une vingtaine d’années, quelquefois encore plus jeunes et non repérés par les services espagnols. Ses hommes sont entourés de mesures extrêmes de sécurité, ont tous changé de planques et se sont vus dotés de nouveaux véhicules, d’armement et d’explosifs. Certains se sont vus intimer l’ordre de se replier vers des contrées moins fliquées, comme l’Allemagne, l’Italie, le Portugal et la Belgique. Ils ne risquent donc pas d’être arrêtés lors d’un banal contrôle de police entre Saint-Palais et Bidart. Ces commandos dormants pourraient, sur un seul ordre de lui, être opérationnels en quelques heures. On soupçonne également Eusebio Arzallus, dit Paticorto d’être retourné à la clandestinité et de suivre la ligne de Txeroki, qui compterait également sur l’appui des quelques 130 étarres réfugiés en Amérique latine, Venezuela, Nicaragua, République dominicaine, Cuba et Belize. De quoi monter une « ETA authentique », face aux « pacifistes mous » de Josu. Tout cela n’est pas très encourageant.

 

En attendant, les militaires espagnols ont demandé à leur hiérarchie et au chef d’état-major, le lieutenant général Félix Sanz, l’autorisation de revêtir de nouveau dans la rue leur uniforme militaire, estimant que le risque d’être assassiné par ETA est devenu négligeable. À leur place, j’attendrais encore un peu…

 

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