La trêve des caleçons de bain

Publié le par Jean Chalvidant

Le Parlement a pris ses quartiers d’été, le président du gouvernement s’apprête à jouir de vacances méritées (à Lanzarote), suivi de ses ministres et de son opposition. Les conversations avec ETA, ou du moins avec sa vitrine politique, s’éternisent, il ne se passera rien en principe au mois d’août et plus aucune petite phrase vacharde n’est prononcée. Manifestement, nous sommes entrés dans la trêve des caleçons de bains, et pour ne pas me singulariser, j’entends bien la pratiquer à mon tour.

 

Si vos pas vous mènent en Espagne, et si vous êtes avides de sensations particulières, une adresse mérite le détour : il s’agit d’un bar de camionneurs, situé à la sortie du défilé de Despeñaperros, dans le sens Bailén-Madrid. Dénommé « Casa Pepe », il est le dernier refuge bouibouitesque des nostalgiques de la Phalange et des franquistes. Rien n’y manque : depuis les tasses à café à l’effigie du Caudillo aux chopes à bière frappées du logo de la División Azul, en passant par les assiettes au portrait de José Antonio. Sur les murs, des centaines de photos illustrant les 36 années du règne de Franco et des slogans marqués à la craie, fustigeant pêle-mêle la démocratie, la droite, Zapatero ou ETA. Le plus étonnant étant certainement l’attitude des familles espagnoles chargées de marmailles qui s’y ruent en troupeaux, et qui font comme si de rien n’était. Mieux : qui achètent pour des centaines d’euros le marchandising nostalgique.

 

Paradoxale Espagne. Pour me rendre souvent au Pays basque espagnol, je ne manque jamais d’aller dans ce qui reste des Herriko Tabernak, ces tavernes du peuple implantées par Batasuna tant pour recycler l’argent de l’impôt révolutionnaire que pour boire un coup de Txakoli entre militants indépendantistes. L’ambiance y est tout autant lourde et pesante, les photos des étarres emprisonnés sont accrochées au dessus du comptoir et tout nouveau venu qui ne parle pas basque n’a pas droit à un regard. Tout juste celui d’acquérir des petits drapeaux réclamant l’autodétermination ou des briquets frappés du slogan « Amnistie ». Signe des temps, il y a dix ans seulement, c’était l’inscription « ETA vaincra » qui était sérigraphiée.

 

N’allez pas croire pour autant qu’entrer dans un bar en Espagne constitue un acte politique. La Péninsule regorge d’endroits conviviaux, où il faut hurler pour passer sa commande, car les Espagnols ne savent pas parler à voix basse. Quant à l’interdiction de pétuner, elle a été tournée en dérision et nombreux  établissement arborent sur leurs vitres un panneau « ici, on peut fumer ». Comme quoi la liberté, ça se conquiert. On compte d’ailleurs de moins en moins de viande saoule depuis l’introduction récente du permis à points et des contrôles d’alcoolémie. Deux avancées « citoyennes » qui font de plus en plus ressembler l’Espagne au reste de l’Europe, et on a le droit de le regretter. « Spain is diferent » disait l’autre. De moins en moins.

 

Pour terminer sur une note plus joyeuse, et si vous avez confiance dans mes qualités de gastronome, voici deux adresses qui ne vous décevront pas : à Burgos, l’hôtel Landa, un vrai faux château entièrement reconstitué pierre à pierre au bord de l’autoroute, où le boudin (morcilla) grillé atteint la perfection. Et à Madrid, le restaurant Lhardy, installé près de la Puerta del Sol depuis 1839 pour son salon japonais, son cocido et ses callos. Et être assis dans le fauteuil d’Alexandre Dumas, Alphonse XIII ou Miguel de Unamuno, ça pose un homme.

 

Sur cette chronique touristique, qui change un peu de l’aridité de mes propos habituels, je ferme la boutique pour quelques semaines. À moins qu’un événement d’importance ne me contraigne à reprendre la plume. Bonnes vacances à tous.
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Publié dans chalvidant

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