Castro, comme Franco

Publié le par Jean Chalvidant

Comme Franco, Fidel Castro va probablement finir ses jours dans son lit. Ou celui d’un hôpital public, ce qui ne change rien au fond. Et comment ne pas faire un parallèle entre la situation espagnole de novembre 1975 et celle que vivent aujourd’hui les Cubains ? En Espagne, l’agonie d’une aventure conquise par les armes 36 ans auparavant, la lassitude du peuple, tempérée par le respect, l’habitude et l’inexorable usure du temps et du pouvoir. Les mêmes mots s’appliquent à Cuba, sauf que l’attente remonte là à 47 ans… Et que 70 % de la population est née durant ce temps.

 

Franco appartient à l’Histoire, ce qui ne l’exonère de rien. Castro, dans un monde hanté par les Droits de l’Homme et la démocratie, continue en 2006 à narguer les consciences, en agitant des concepts qui ont partout échoué. Avec 11 millions de sujets comme rats de laboratoire, 17.000 opposants exécutés et 2 millions d’exilés. Avec l’annonce de son hémorragie intestinale fin juillet, chacun a retenu son souffle. Le moment tant attendu était-il enfin arrivé ? On sait la suite : la nomination de son demi-frère Raúl, son cadet de cinq ans, l’apathie de la population. Contrairement aux innombrables prédictions des spécialistes de tout poil, le peuple n’a pas manifesté en masse pour crier sa soif de liberté. C’est même plutôt le contraire qui s’est produit.

 

Poursuivons le parallèle : à la mort de Franco, j’assurais toutes les heures depuis Madrid des directs pour Radio Monte Carlo (future RMC Info) et j’avoue avoir gardé un souvenir ébahi des centaines de milliers de Madrilènes en deuil, faisant lentement la queue sur des kilomètres pour se recueillir quelques secondes devant la dépouille –les Espagnols ont un terme cruel, « el cadáver »- du Caudillo. Là où je recherchais des opposants, des manifestants, des ronchons, des grognons, des velléitaires, je ne trouvais face à mon micro que des hommes blessés, reconnaissants pour l’œuvre accomplie et les 36 ans de paix que le vieil homme leur avait assurés. Pour les intellectuels du monde entier l’Espagne allait enfin se révolter et bouter à coups de pied dans le fion le totalitarisme franquiste. Ou ce qu’il en restait.

 

On a vu ce qui s’est passé : le pouvoir s’est prolongé un an de plus, avec le même Premier ministre, Arias Navarro, avant que le Roi ne nomme Adolfo Suárez, un homme élevé dans le sérail du Movimiento, pour réaliser le hara kiri des Cortes, la reconnaissance du Parti communiste, l’organisation d’élections libres et l’avènement de la démocratie. Jesús Fueyo, qu’on interrogeait à l’époque avait eu un mot juste : « après Franco : les institutions ».

 

Je repense à ces moments-là quand j’observe Cuba aujourd’hui. Car rien ne se passe. Fidel est hors jeu, pour au moins six mois et il est probable que la transition a commencé. À 75 ans, Raúl, l’héritier intérimaire qui souffrirait d’un cancer du pancréas ne peut être qu’une solution d’attente, comme Arias Navarro l’était en Espagne. Qui sera l’homme de l’avenir, sachant que l’Armée contrôle via l’Agesa 85 % de l’économie du pays, ou via Gaviota l’ensemble des lieux de loisirs, hôtels, restaurants, etc ? Un militaire, forcément, est-on tenté de dire. Tels les généraux Colomé Ibarra, Leopoldo Cintra Frias ou Ulises Rosales del Toro. À moins qu’un civil ne réussisse à s’imposer. À ce petit jeu, on mettra deux petits sous sur Ricardo Alarcón, le président de l’Assemblée populaire, et un sur le chancelier Felipe Pérez Roque (41 ans), le vice Président du Conseil d’Ētat Carlos Lage  Dávila, le ministre de la Santé José Ramón Balaguer Cabrera, l’idéologue du PCC, le noir Esteban Lazo Hernández et l’un des plus vieux dirigeant du Parti, José Ramón Machado Ventura, 75 ans.

 

Plus vraisemblablement, le futur Adolfo Suárez cubain n’est pas sur cette liste de prétendants. Pas plus qu’il se trouve à Miami. Puisse-t-il posséder la même sagesse et connaître la même réussite.

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Publié dans chalvidant

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