En 2050, l'espagnol dépassera l'anglais

Publié le par Jean Chalvidant

Avis aux parents qui, par souci d’efficacité, forcent leurs enfants à se mettre à l’anglais dès leur plus jeune âge : ils se trompent de route et risquent de fabriquer des malheureux. La langue en pointe dans les décennies à venir sera l’espagnol. Une surprise ne concernant que quelques uns, obnubilés par le souci de suivre la mode et infoutus de discourir sans placer des mots anglais dans leurs phrases. Ce qui a le don de me hérisser le poil jusqu’aux frisottis. À l’occasion du premier Acte international de la Langue espagnole, qui s’est achevé à San Millán de la Cogolla (La Rioja), Manuel Ángel Vázquez Medel, professeur de Littérature et Communication à l’Université de Séville a publié une étude révélant que l’espagnol, en tant que langue maternelle, deviendra le troisième idiome le plus parlé au monde dès 2050, devançant pour la première fois l’anglais, et derrière le mandarin et l’hindi. Une sorte d’effet mécanique, étant donné le poids démographique croissant de la Chine et de l’Inde.

 

Naturellement, cette propagation de l’espagnol n’est pas limitée à l’Espagne et ses 44.108.530 habitants (au 1er janvier 2005), dont 22.327.661 femmes (50,62 %) et 21.780.869 hommes  (49,38 %). Dans la Péninsule ne vivent qu’environ 10 % des hispano parlants au monde, soit une estimation allant de 400 à 428 millions d’individus. Il faut compter sur la forte percée de la langue aux Ētats-Unis, grâce ou à cause de l’émigration à marche forcée de populations provenant d’Amérique centrale ou latine. Dans ce pays se trouvent actuellement entre 40 et 60 millions de personnes conversant en espagnol, ce qui en fait le deuxième au monde, derrière le Mexique, et devant… l’Espagne. Si l’on ajoute qu’en Amérique, l’espagnol est la deuxième langue choisie par 93 % des élèves du Secondaire et par 61 % des étudiants dans les universités, bien avant l’allemand ou le français, on comprendra son essor et son dynamisme. Il est vrai que les Latinos ont dépassé en nombre les Afros Américains depuis l’année dernière. Ceci explique en partie cela. D’ailleurs, promenez-vous dans les rues de Miami ou de San Francisco, vous trouverez davantage de panneaux en espagnol qu’à Barcelone !

Même constatation dans un pays de langue portugaise, le Brésil, passé d’un million d’hispano parlants à près de 11 millions d’étudiants en castellano, créant un appel d’air de 210.000 professeurs d’espagnol, dont 45.000 reçoivent déjà l’assistance de l’Institut Cervantès. Ou au Canada, pourtant fortement américanisé. En France, nous ne sommes pas en reste, puisque 60 % des Secondaires ont choisi l’espagnol en seconde langue, soit environ 2,5 millions d’élèves. Il en est de même au Royaume Uni, où le castillan est devenu la première langue étrangère, ou dans les pays du Nord ou en Allemagne, où l’on parle autant l’anglais que la langue du pays.

Seul point noir dans ce tableau de marche inexorable, l’exploitation par Internet, où l’anglais reste dominateur. De plus, l’utilisation ou la lecture du « tilde », la lettre ñ, reste dans certains pays aléatoire, à tel point que la ministre de la Culture, jamais en retard d’une approximation, a exigé de Bill Gates, qui n’y peut rien, que les ordinateurs soient désormais pourvus dans le monde entier de cette touche spécifique. Il faudra en fait attendre l’automne 2007 pour que certaines lettres particulières (ç, ñ), puissent être inclues dans les noms de domaines (.es, .com.es, .org.es).

 

C’est tout le paradoxe : en Catalogne, au Pays basque, en Galice, les gouvernements en place dénigrent l’espagnol au profit d’un idiome vernaculaire, qui doit plus aux néologismes qu’à l’héritage respecté des aïeux. Alors que dans le monde entier, la langue de Cervantès a le vent en poupe. Incompréhensible, peut-être pas. Mais compliqué, oui, comme d’habitude.

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