ETA se redéploie

Publié le par Jean Chalvidant

Le propre d’une organisation clandestine, c’est que par essence on ne sait rien d’elle. Bien que passant pour le spécialiste d’ETA, je dois bien avouer que je n’ai pas de liaison directe avec ses dirigeants d’aujourd’hui et qu’ils ne m’abreuvent pas de communiqués ou de confidences. J’en suis donc réduit, comme bien d’autres, à me plonger dans les textes, dans les communiqués livrés à Gara, ou dans Zutabe, le bulletin interne de l’organisation, à interroger les sympathisants afin de me faire une idée à peu près exacte de la situation de la bande. Quant à écouter les services de police ou de gendarmerie, voire la Guardia civil, cela ne sert pas à grand chose, tant leurs informations sont contradictoires, ou dirigées. Toutefois, lorsque l’une d’entre elles est corroborée de plusieurs côtés, cela signifie qu’il y a anguille sous roche, ce qui m’autorise à consacrer ce billet à la nouvelle réorganisation étarre.

 

 

Il semblerait qu’ETA se soit redéployée au nord de l’Italie. Pour des raisons tactiques et sécuritaires – la peur du gendarme – l’appareil militaire, mené par Garikoitz Aspiazu Rubina, dit Txeroki, viendrait de s’installer de l’autre côté des Alpes, sous l’œil complaisant du gouvernement de Romano Prodi, désireux de donner un coup de pouce à son homologue socialiste de la Moncloa. Il ne ferait que suivre le conseil de Javier Solana, le représentant européen à la Politique extérieure et à la Sécurité, qui a demandé aux responsables des services de l’Union européenne d’offrir une aire de liberté aux étarres, pouvant le jour venu devenir une terre d’accueil si ETA renonce définitivement au combat. Ce qui n’est pas gagné !

 

 

Cette mansuétude étonne, car la logique voudrait qu’on cherche à tout prix à mettre sous les verrous les « durs » de l’organisation, menés par Txeroki, de façon à laisser les coudées franches à Josu Ternera, chargé de mener les négociations et d’imposer ses volontés au gouvernement. Mais pour le moment, les forces antiterroristes italiennes ont reçu l’ordre de surveiller et de contrôler les militants sur leur sol, et de ne pas intervenir. Ētonnant.

 

 

Et croire que Txeroki est isolé relève de la méthode Coué. Il dispose d’au moins une trentaine de militants jusqu’au boutistes, prêts à en découdre en cas d’échec des négociations. Tous âgés de 25 à 30 ans, provenant en grande partie de la kale borroka, qui les a aguerris face au danger et à la police. Son bras droit est Asier Eceiza Ayerra, 28 ans, avec à ses côtés Eneko Gogeaskoetxea Arrona, 39 ans, un ancien du commando Biscaye et soupçonné de l’assassinat d’un policier basque, la Ertzainza. Citons également José Luis Eciolaza Galan Dienteputo, Iker Iparragirre Galarraga, Ekaitz Aguirre Goñi, Pedro María Álvarez Saleta, Pedro Aperribay Bediaga, Araitz Areitio, Zigor Ruiz Jaso, Zorion Salsamendi Abad, Vicente Sarasa, Haimar Arocena Eizaguirre, Eneko Bilbao Aresti, José Juan García González, Carlos Gracia Preciado, Ekain Mendizábal Múgica, Oihane Garmendia Marín, Pablo Aperribay Bediaga, Itziar Plaza Fernández, Arkaitz Goikoetxea Basabe et Ana López Monge.

 

 

Autre information : la police française a détecté des mouvements d’étarres, du Pays basque français au Sud Est, plus précisément dans la région de Nîmes, là même où eut lieu il y a une dizaine de jours le vol de 350 pistolets. Ont été enregistrés en particulier des vols de voiture, des entraînements et des conciliabules… Si l’on ajoute l’arrivée à Madrid de Kantauri, ex chef militaire d’ETA, extradé de France, accusé de 15 assassinats, et la condamnation à 12 ans et 7 mois de détention de Juana Chaos, on ne peut aboutir qu’à une seule conclusion : le processus a du gros plomb dans l’aile.

 

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Publié dans chalvidant

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