Le crépuscule de Polanco et le retour de "Culbuto"
Celui qui s’intéresse aux médias espagnols ne sait pas où donner de la tête en ce moment, tant les événements s’enchaînent, pour mon plus grand ravissement. En voici le florilège :
Tout d’abord, un mini scandale, ou une tempête dans un verre d’eau : sur un spot publicitaire émis par « Adif », anciennement « Renfe », quelques jeunes passent devant des affiches d’hier et d’aujourd’hui, avec deux portraits rappelant Felipe González et José Luis Rodríguez Zapatero, avec l’inscription « Votez ! ». Une sorte de message subliminal (j’avais vu le spot, cela ne m’avait pas sauté aux yeux) que le milieu politique prend plutôt mal, car Adif dépend du ministère du Développement, mené par Magdalena Álvarez. D’où tollé, et demande de démission, qui n’interviendra certainement pas. L’agence Zapping publicidad tombe des nues et affirme avoir simplement voulu recréer une ambiance électorale. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est plutôt maladroit.
La deuxième anicroche concerne l’interview de Zapatero dans le quotidien Le Figaro daté du 15 : dans l’édition imprimée figurait la phrase « Nous avons rempli notre part du contrat ». Il faut croire que le mot « contrat » devait être équivoque, puisque sitôt le journal paru, les services de communication de la Moncloa se mirent en contact avec la rédaction pour que le titre soit changé dans la version web, qui est devenu « Zapatero : ETA doit prouver sa bonne volonté ». S’agit-il d’une mauvaise traduction ou d’une volonté de nuisance de la part de la journaliste qui réalisa l’interview ? Entre parenthèses, l’article est excellent et montre un Zapatero plutôt combatif et lucide sur la situation. Curieux qu’il ait choisi un organe français pour préciser ses intentions, alors que l’ensemble de la presse espagnole en est encore à disséquer ses discours pour connaître ses desseins.
Troisième événement, et non des moindres, Jesús Polanco, le Citizen Kane espagnol, patron du premier groupe de presse et d’édition du pays, qui se fait de moins en moins jeune chaque jour, et est atteint par la maladie, vient officiellement de nommer son successeur. Alors que la lutte était chaude entre sa fille Isabel, son neveu Javier Díez de Polanco, ou le conseiller délégué du groupe, Juan Luis Cebrián, le vieux lion a décidé de promouvoir son fils, Ignacio Polanco Moreno, 52 ans, membre du conseil d’administration de Prisa depuis treize ans. Voila qui coupe court aux spéculations.
Cette annonce va en effet calmer le jeu dans le groupe, qui connaît des soubresauts inattendus : ainsi la Ser, la principale chaîne de radio, vient de perdre 300.000 auditeurs sur son programme matinal. Elle reste cependant leader avec 35 % d’audience. Pire encore, Sogecable a perdu tout espoir de récupérer pour les sept prochaines années les droits d’image des matchs du Real Madrid, pour lesquels il était prêt à mettre via Digital Plus 800 millions d’euros sur la table (contre 55 actuellement). Un temps, on crut qu’Esperanza Aguirre, la présidente de la Communauté de Madrid, allait surenchérir et émettre les matchs sur la télévision madrilène, Telemadrid. Finalement, un troisième larron va très certainement emporter le gros lot : Antena 3, c’est-à-dire le groupe Murdoch, qui s’apprête à débourser 1.000 millions d’euros. Et qui dirige le groupe Murdoch en Espagne ? Une fois, deux fois ? Oui, vous avez gagné, José María Aznar en personne ! Un vrai culbuto. Quel rebondissement !