Cahin caha, les négociations devraient reprendre

Publié le par Jean Chalvidant

Il n’y a pas eu que Zapatero à avoir été surpris par la rupture de la trêve. Quiconque a vu la tête du porte parole de la vitrine politique d’ETA, Batasuna, Arnaldo Otegi, interviewé à chaud par la télévision quelques heures après le forfait s’en souviendra longtemps. Hagard, cherchant du regard information ou réconfort, il ne sut que déplorer, sans toutefois condamner l’attentat. On ne se refera pas. Je racontais hier à quel point avait été stupéfait le chef présumé de l’organisation et interlocuteur privilégié de Zapatero, Josu Ternera, dépassé par plus intransigeants que lui. Il n’est pas le seul et la journée d’hier a été pleine d’enseignements.

 

Tout d’abord, c’est l’un des négociateurs de Batasuna, réputé comme étant l’un des plus durs du parti, Rufi Etxeberria, qui est intervenu dans un jargon emberlificoté pour assurer que la gauche séparatiste « réaffirmait l’un des acquis d’Anoeta comme quoi le dialogue politique menant à la résolution du conflit devait nécessairement se développer en l’absence de tout type de violence. » Si ce n’est pas un désaveu, ça y ressemble bigrement.

 

Et ce n’est pas tout : dans un deuxième communiqué, Batasuna fait un appel à l’ensemble des forces basques pour que « sans conditions tout le monde se mette d’accord sur des bases communes » pour la mise en marche du dialogue politique. Le parti incite également « les acteurs impliqués dans le dialogue ETA-gouvernement à manifester publiquement leur disposition et leur engagement avec le processus politique multilatéral. » Et termine avec un appel explicite « pour qu’il garantisse les conditions démocratiques assurant la mise en marche d’un processus de solutions politiques. »

 

 

Si l’on ajoute une nouvelle déclaration d’Otegi demandant qu’ETA maintienne en vie son engagement du 22 mars et « que le dialogue se tienne en l’absence de violence », on se rend compte que d’un jour à l’autre, la situation change en Euskadi. On n’en est pas encore à la condamnation de la violence qu’exige le gouvernement pour légaliser Batasuna, et lui permettre de se présenter aux élections municipales et autonomes du 27 mai prochain, mais on s’en approche. Finalement, les 200 kilos d’amonal du parking de Barajas pourraient avoir l’effet contraire à celui recherché par les terroristes. Tout cela serait du grand Guignol sans les deux morts équatoriens, Carlos Alonso Palate (34 ans) et Diego Armando Estacio (19 ans) qui ont été enterrés à Picaihua et à Machala, et dont les familles toucheront à titre d’indemnité quelques 250.000 euros.

 

Zapatero de son côté, soucieux de donner l’impression d’avoir la situation en main, a une nouvelle fois rencontré en urgence Mariano Rajoy à la Moncloa, où le leader du PP lui a fait la leçon, lui redisant qu’on ne négocie avec des terroristes que pour qu’ils rendent les armes, sans condition d’aucune sorte. Et réaffirmé qu’il convient d’en revenir au Pacte antiterroriste signé en 2000 entre PP et PSOE, « appuyé par 90 % des Espagnols et l’instrument le plus utile dans la lutte contre le terrorisme, ayant laissé ETA et Batasuna dans un état résiduel. » Ces deux hommes ne sont décidément pas faits pour s’entendre. Quant à l’AVT, l’Association des victimes du terrorisme, elle a convoqué des manifestations dans toute l’Espagne le 11 janvier prochain entre 20 et 21 heures, suivie le 13 à 18 heures par les Commissions ouvrières (communistes) et UGT (socialistes), sur le thème « Pour la paix, contre le terrorisme ». Nul doute que l’assistance sera nombreuse, tant l’exaspération des Espagnols est à son point culminant. On ne passe pas de l’espoir à l’accablement sans douleur et sans cris. Autant qu’elle s’exprime pacifiquement, dans la rue.

 

Sinon, et comme d’habitude, la meilleure analyse de la situation est venue de l’ancien ministre (PP) de l’Intérieur, Jaime Mayor Oreja, celui-là même qui avait été le seul à prédire  la trêve en trompe l’œil de 1998 et sa répétition en mars 2006. Pour lui, « ETA n’a pas voulu rompre le processus, mais dire qu’il n’aimait pas la position du gouvernement sur le droit à l’autodétermination. » Je partage ce point de vue et d’après mes sources, dans les jours qui viennent, avant la fin de la semaine sans doute, ETA va faire un geste pour regretter les deux morts et renouer avec Madrid. Le processus a du plomb dans l’aile, mais il n’est pas tout à fait mort. Mais que tout cela est difficile !

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Publié dans chalvidant

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B
Un geste fort d'ETA, dites-vous... mais quel ETA ? Vous le dites très bien dans votre précédente analyse, on ne sait plus qui commande, qui négocie. Si la direction d'ETA a perdu le contrôle à Barajas, qu'est ce qui nous assure qu'elle ne perdra pas de nouveau le contrôle demain ? ETA doit désormais commencer par se restructurer de l'intérieur avant d'envisager toute reprise des négociations. Ce préalable risque d'être long, probablement douloureux et sans aucun doute secret. Et puis, difficile aussi d'imaginer une reprise des négociations, à un an des élections, et avec un Parti Populaire plus que jamais opposé à toute discussion. J'espère me tromper sur toute la ligne...
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J
Non, vous ne vous trompez pas. Si le processus a montré quelque chose, c'est bien qu'il ne faut pas se tromper d'interlocuteur. De tous temps, à ETA, l'ont emporté ceux qui détenaient les armes : aujourd'hui, c'est Txeroki, qui vient de la kale borroka et n'a aucun réflexe politique. Je crains qu'on ne soit repartis pour un tour, et que rien ne se passe avant la fin de la législature, en mars 2008. Et si c'est le PP qui gagne...<br /> Bien amicalement<br /> jc