Un vrai dérapage démographique
L’Institut de Politique familiale vient de mettre à disposition sa dernière livraison de son « Information sur l’évolution de la famille, 2006 », réalisée par une équipe multidisciplinaire d’experts, et prouvant que, dans ce domaine comme ailleurs, l’Espagne est en train de vivre d’importants changements. Des 64 pages chargées de graphiques et de camemberts, retirons les 10 leçons essentielles :
1 – Croissance démographique : l’Espagne comptait en janvier 2006 44.708.964 personnes. La croissance est pour l’essentiel due, depuis dix ans, à l’immigration. Sans elle, elle serait de zéro. Grâce à son apport, elle a augmenté de 8,5 %. À noter que six Communautés autonomes, présentent une croissance naturelle négative : Galice, Castille et León, Asturies, Aragon, Estrémadure et Cantabrie. L’immigration a représenté 2,8 millions de personnes en 5 ans. L’Espagne compte au 1er janvier 2006 3,9 millions d’étrangers (soit 8,8 % de la population totale) dont 46 % a moins de 30 ans, et 80 % moins de 44 ans.
2 – Vieillissement : l’Espagne demeure un vieux pays et aussi un pays de vieux. Dans 9 provinces (Lugo, Orense, León, Zámora, Salamanque, Ávila, Soria, Cuenca et Teruel), 1 personne sur 4 a plus de 65 ans. La pyramide des âges est inversée avec 1,1 million de personnes âgées, comparativement aux jeunes, et presque 2 millions de plus de 80 ans.
3 – Natalité : l’Espagne fait de moins en moins d’enfants. La néo natalité doit sa vitalité aux mères étrangères. L’Espagne, avec 1,32 enfants par femme, est avec l’Italie et la Grêce le pays de l’Europe des Quinze présentant l’indice de fécondité le plus faible, et 4 Communautés (Asturies, avec 0,94, la Galice 1,0, Castille et Leon 1,06) sont en situation de natalité critique. L’âge moyen de maternité est de 31 ans.
4 – Avortement : c’est l’explosion : 91.644 en 2005, soit un toutes les 5,7 minutes et 252 par jour. 15,8 % des femmes enceintes ont recours à l’avortement. De 1995 à 2005, ils sont passés de 49.367 à 91.664, soit + 85,6 %.
5 – Mariages et ruptures : le taux de nupcialité est tombé de 5,88 à 4,82 en 2005. De même cette année-là, on a enregistré 149.255 ruptures, soit une toutes les 3,5 minutes. Elles ont explosé en 2006 avec une croissance de + 13 %, atteignant les 160.000. A ce train là, il y aura à l’horizon 2010 autant de mariages que de divorces.
6 – Le couple change : les mariages ont lieu plus tard (33 ans pour les hommes, 30 pour les femmes) – 4 mariages sur 10 n’ont lieu qu’à la mairie (de 2000 à 2005, on est passé de 24 % à 39 %) – 1 enfant sur 4 naît hors mariage, soit 123.938 (26,5 %), une augmentation de 100 % en dix ans – 1 mariage sur 7 (29.783) comprend un conjoint étranger.
7 – Foyers : la composition moyenne des foyers a diminué et ne comprend que 2,9 membres, alors qu’elle était de 3,8 en 1971.
8 – Subventions : l’Espagne est le pays européen qui subventionne le moins les familles, à hauteur de 0,52 % du PIB. Alors que la moyenne européenne se situe à 2,2 %. Pire encore, elle est le seul pays à n’atteindre même pas 1 % du PIB.
9 – Aides aux familles : elles sont rares et exclusivement dirigées vers celles à faibles revenus. 105 euros par personne et par an, alors que la France accorde 6 fois plus et le Luxembourg 16 fois.
10 – Organismes : les administrations n’ont implanté aucun organisme destiné à la famille, au contraire des autres pays européens (ministère de la Famille en France). Pire encore, l’Espagne ne dispose d’aucun plan et d’aucune loi d’aide aux familles.
Si vous avez un peu de temps, beaucoup de curiosité et de patience et l’esprit clair, vous pouvez vous pencher sur l’étude en la téléchargeant :
http://www.ipfe.org/documentos/informefamiliaes2006.pdf
Fastidieux, certes, mais indispensable pour connaître vraiment la réalité du pays.