Attentat du 11 mars. Va-t-on enfin connaître la vérité ?
C’est ce matin, à 10h33 qu’a commencé à la Casa de Campo de Madrid le procès dit du “11-M”, commis le 11 mars 2004 dans quatre trains de la banlieue madrilène et ayant fait 192 morts et 1.842 blessés. Si l’on s’en tient aux chiffres, la tâche qui attend les jurés est impressionnante : 600 témoins, 100 experts, 270.000 feuillets à disséquer, le même chiffre, 270.000 représentant le total des peines encourues, dont 38.667 ans rien que pour l’asturien José Emilio Suárez Trashorras et autant pour le cerveau présumé du forfait, Rabei Osmane Sayed Ahmed, alias ˝Mohamed L’Egyptien”, qui sera interrogé aujourd’hui même. Au total 29 personnes sur les bancs des accusés pour ce qui fut le plus grand attentat commis ces dernières années en Europe.
Mille jours ont donc été nécessaires pour rassembler les preuves et donner un semblant de colonne vertébrale au complot. Sur le papier, tout se tient : la découverte dans un sac d’explosifs n’ayant pas fonctionnés, d’un téléphone et de sa carte SIM menant à une boutique de téléphonie d’Alcorcón, puis à une autre, à Lavapiés, dont le patron est un islamiste bien connu des services de police, Jamal Zougam, la découverte de la planque des activistes à Morata de Tajuña, près de Chinchón et enfin l’assaut d’un appartement de Leganés, où sept terroristes islamistes préfèrent se donner la mort en activant 15 kilos de Goma2 plutôt que de se rendre. On recueillera leurs restes à la petite cuillère. Un vrai fil rouge et une enquête a priori exemplaire.
D’où vient alors le malaise ? Laissons pour aujourd’hui le thème politique et l’utilisation du concept de mensonge adopté par l’équipe du candidat Zapatero, qui grâce à cet argument gagna les élections législatives se déroulant quatre jours plus tard. Ce qui lui permit d’accéder au pouvoir ; “un président par accident” avais-je écrit alors. Une expression largement reprise depuis par la presse espagnole, j’aurais dû mettre un copyright. Et concentrons-nous plutôt sur les énigmes entourant l’enquête, qui n’ont toujours pas été résolues et qui risquent de faire de ce procès une foire d’empoigne.
En vrac : qui a donné l’ordre de l’attentat, 72 heures avant les élections ? Comment se fait-il que la Garde civile ou la police, qui contrôlaient plusieurs des accusés n’aient rien su de la préparation de l’attentat ? Qui a amené la camionnette Renault Kangoo à Alcalá de Henares ? Etait-elle vraiment garée là le 11 mars, ou plus tard ? Comment se fait-il que plusieurs types d’explosifs aient été utilisés ? Le suicide collectif de Leganés a-t-il été un “montage” ? ETA est-elle vraiment exonérée de l’attentat, contrairement à ce que pensent encore 30 % des Espagnols ? Comment se fait-il que le locataire de la cahute de Chinchón et membre d’Al Quaeda, Abu Nidal, ne soit pas poursuivi ? Et surtout : a-t-on fabriqué de fausses preuves ou s’agit-il d’erreurs de l’enquête ? Comment s’étonner dans ces conditions que 70 % des Espagnols, tant du PP que du PSOE, reconnaissent ne pas vraiment savoir ce qui s’est passé le 11 mars et les jours suivants ? Autant de questions parfois tirées par les cheveux, auxquelles le procès devra donner une réponse, dans plusieurs mois, en octobre. On attendra.
Et puis si vous voulez avoir les idées claires sur les cinq jours qui ont bouleversé le monde et changé le visage de l’Espagne, je ne peux que vous conseiller de lire le seul livre sorti en France sur le sujet : “La Manipulation – Madrid – 11 mars”, aux Editions Cheminements (pour mes lecteurs espagnols, “11-M, La Manipulación” aux Ediciones Jaguar). Ecrit quelques semaines seulement après l’attentat, l’auteur n’en renie pas une ligne et avec le recul se vante d’avoir vu clair dans le jeu terroriste et politique d’alors. Oui, oui, l’auteur, c’est moi.