ETA définitivement blanchie de l'attentat d'Atocha
Et pendant ce temps, dans une indifférence relative, se déroule toujours le procès de l’attentat du 11 mars 2004, le 11-M. Dire qu’on apprend grand-chose serait emphatique ; tout au plus l’interrogatoire des prévenus, celui des témoins, des intervenants, permettent-ils de préciser certaines situations et d’obtenir quelques certitudes. Quoique l’ensemble reste toujours très flou, on en apprend tout de même de belles.
Ainsi la barraque où furent planifié le complot et assemblés les explosifs, à Morata de Tajuña, fut contrôlée par l’Unité centrale des renseignements extérieurs (UCIE) de la Police dès septembre 2002. Ainsi l’un des suicidés de Leganés, dit « le Tunisien » avait-il dès cette époque attiré l’attention des services. Ainsi le mineur Trashorras et Rafa Zouhier, impliqués dans le vol des explosifs dans les Asturies, étaient-ils des indicateurs habituels de la Garde civile, à qui ils n’avaient rien dit de leurs petits trafics. Ainsi Jamal Zougam, l’un des auteurs matériels du forfait, avait été placé sous la loupe à la suite d’une commission rogatoire envoyée de France. On avait même enregistré les numéros de téléphone qu’il appelait, comme ceux d’Amer El Azizi et Abu Mughen, deux membres notoire d’Al-Quaeda…
Comment ne pas constater une incompétence caractérisée au plus haut niveau policier ? Comment ne pas penser, qu’avec un peu plus de constance et de talent, l’atroce attentat du 11-M aurait pu être évité ? Comment ne pas remettre en cause également l’inconstance de certains témoignages ? Ainsi cette jeune femme, le témoin protégé B-78, prêtant serment à la barre, affirmant tout d’abord reconnaître comme poseur de bombe Basel Ghalyoun (qui risque pour cela 38.654 années de prison) avant de se rétracter après avoir lu un livre sur le 11-M et de désigner formellement Daoud Ouhnane, actuellement en fuite. Elle n’est pas la seule à se dédire, puique un autre témoin, le S-27, pointe maintenant du doigt Jamal Zougam, au lieu de Bouchar. Le seul problème est que Zougam a été vu dans trois trains en même temps… Devant une telle cacophonie, les inculpés ont beau jeu de tout nier, car c’est au Parquet d’apporter des preuves irréfutables de leur implication. Et sur ce point, ça flotte encore, d’autant plus que les enquêteurs sont persuadés que ce sont quinze terroristes qui ont introduit les sacs mortels dans les trains de banlieue. Alors que la procureur Olga Sánchez n’en recense que treize : les sept suicidés de Leganés, les inculpés Jamal Zougam, Basel Ghalyoun et Abdelmajid Bouchard, et les trois fugitifs Mohamed Afalah, Said Berraj et Daoud Ouhnane. Après trois ans d’instruction, cela fait désordre !
Alors, lorsqu’on a une certitude, on s’y tient : Juan Jesús Sánchez Manzano, l’ex chef des policiers artificiers des TEDAX, assure que le jour même du forfait, à 14 heures, il était certain que l’explosif utilisé n’était pas de la Tytadine, qu’utilise habituellement ETA, mais bien de la Goma 2, un produit de l’Union espagnole des explosifs, généralement utilisé dans les mines des Asturies. On se demande pourquoi il n’en a pas fait part alors à son ministre de tutelle, Angel Acebes, qui s’évertuait devant les caméras à dénoncer obstinément la piste d’ETA. Dernier épisode en date, aujourd’hui même, le démineur qui désactiva la bombe dans un sac n’ayant pas explosé, affirme : « Elle était différente de celle que nous connaissions. Elle ne correspondait pas à celles d’autres groupes terroristes autochtones, comme ETA. » L’organisation est donc définitivement exonérée du plus grand attentat commis sur le sol espagnol. Ce qui n’en fait pas pour autant une douce colombe. Mais on préfère tout de même.