Indices convergents

Publié le par Jean Chalvidant

Les informations sur l’activité d’ETA s’accumulent sur mon bureau, et bien malin, ou bien aventureux qui saurait les interpréter, bien qu’un faisceau de présomptions laisse augurer du pire. Je m’y risque pourtant. D’un côté le positif : la kale borroka (violence urbaine) semble en arrêt puisque l’on ne dénombre que 9 sabotages durant la première quinzaine de mars, et un seul depuis. La raison est politique : il faut éviter de faire des vagues dans la rue alors qu’est négociée dans la coulisse la présence de Batasuna – sous une forme ou une autre - aux élections du 27 mai. Malheureusement, les raisons de se réjouir s’arrêtent là.

Car en arrière-plan, il semble évident que l’organisation n’a renoncé à rien et a profité de la trêve, comme malheureusement je l’avais anticipé, pour se renforcer. La preuve en a été administrée par les forces de l’Ordre ces jours derniers : 170 kilos d’explosifs découverts en Navarre à Berriozar (120,7 kg de nitrate, 23 de kaskabarro et 21 de poudre d’aluminium), plus du cordon, des temporisateurs et des radios-commandes. Ça, c’est pour le matériel. Les arrestations de ces derniers jours ont permis par ailleurs d’aboutir à des conclusions parallèles. Tout d’abord, c’est un « commando Donosti » fort de sept hommes prêts à l’action, qui vient de tomber à Andoain. Son chef, le « libéré » José Ángel Lerín Sánchez avoua aux policiers lors de son  interrogatoire que son responsable, le fameux Txeroki, lui avait donné l’ordre d’ « être prêt pour y aller fort ». Ce commando semble être à l’origine d’une trentaine d’attentats entre 2004 et 2006. Dans la foulée, deux vétérans de l’organisation, Juan Carlos Yurrebaso et Kepa Mirena ont été arrêtés à Périgueux, lors d’un contrôle de la douane après avoir fui à bord d’une 307 volée en Haute Vienne en septembre. Avec morgue, ils demandèrent à être relâchés, car faisant partie de la « commission de négociation ». La police française cherche encore leur planque, dans la périphérie de Bordeaux et a communiqué à la presse locale leur photo, des fois qu’un voisin se manifeste.

Cette activité vient d’amener le ministre basque à l’Intérieur, Javier Balza, à reconnaître que le département dont il a la charge est en alerte maximale. Pour lui, « ETA ne semble pas disposée à offrir une chance à un vrai processus de paix, ou du moins joue du billard à deux bandes, ce qui est préoccupant. » De leur côté, les escortes privées du Pays basque sont persuadées que l’organisation va de nouveau recourir au tir dans la nuque, aux bombes ventouses, donc à des attentats sélectifs contre des cibles personnalisées. Il est vrai que dans les documents du commando Donosti figurent des coupures de presse portant sur des dirigeants politiques, tant du PP que du PSOE. Cerise sur le gâteau, les enquêteurs ont mis la main sur un petit livret de l’organisation planifiant les cours donnés aux nouveaux militants : des sessions matin et soir durant une semaine, durant lesquelles on apprend le maniement des bombes et de tout type d’armes. J’aurai l’occasion d’y consacrer une chronique prochainement, tant tout cela est instructif.

Sinon, et pour améliorer l’ambiance, certaines personnes au Pays basque ont le plaisir de trouver sur leur palier des bouquets de fleurs, déposés là par la bande, qui entend se rappeler à leur bon souvenir. Et le ministère de l’Intérieur d’annoncer que depuis le 22 mars 2006, 49 étarres ont été arrêtés, dont 30 en France. Et que la planque où était élaboré et rédigé le bulletin d’ETA, Zutabe, découverte dans le quartier d’Errotaburu à Saint-Sébastien. Bref, tout continue comme avant.

Au fait, la paix, vous y croyez toujours ?
Publicité

Publié dans chalvidant

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article