Si j'étais terroriste...

Publié le par Jean Chalvidant

Aujourd’hui débutent à Valence les phases éliminatoires de la Coupe de l’America, la plus grande manifestation nautique au monde, qui a lieu tous les quatre ans. Un spectacle essentiellement télévisuel, les duels se déroulant au large. Je me souviens avoir suivi les régates en 1992 à San Diego depuis un navire escorteur - une grande joie - et avoir plaint les maigres spectateurs qui, depuis la côte, ne voyaient que de petits points blancs se balançant à l’horizon, les voiles. Ce devait être frustrant pour eux.

Passons sur l’intérêt sportif de l’épreuve, qui n’est pas du registre de cette chronique, pour nous concentrer sur l’événement. Valence, qui a gagné le droit d’organiser le défi, face à Marseille, Naples et Lisbonne, a versé 80 millions d’euros à l’America’s Cup Management, au lieu des 50 demandés, et a entrepris des travaux pharaoniques, dont un canal d’accès direct à la mer et construit un remarquable bâtiment, intitulé Veles & Vents, dont chacun se plaît à louer l’esthétisme. L’investissement est à la hauteur de la circonstance : un budget de 210 millions d’euros pour l’organisateur suisse, 500 millions pour la ville, la région et l’Ētat espagnol. Tout autant significatifs est la présence de détenteurs de droits télévisés, 2.900,  de 2.000 journalistes et le nombre d’heures de télévision consacrées à la Coupe, tous pays et supports confondus, environ 600. Et deux millions de visiteurs attendus. Cela nous amène à une conclusion : Valence va devenir le centre d’intérêt de tous les medias du monde.

Si j’étais terroriste, ce qu’à Dieu ne plaise, je m’intéresserais de très près à la capitale du Levant. Non pas pour admirer les bêtes de course ou déguster une paella, mais bien pour y faire un coup. Alors que l’Espagne va vouloir montrer son meilleur profil, il serait tentant pour un groupe comme ETA de faire entendre sa voix discordante et de faire parler d’elle dans tous les continents. Une simple bombe placée aux alentours de la marina, avec un appel à la police une heure avant qu’elle n’explose, parce que le sang ferait tache en ce moment, aurait un retentissement mondial et les caméras internationales seraient instantanément braquées sur les lieux de l’attentat. Avec les commentaires à la clef : il y a longtemps que je pense qu’ETA est devenu davantage un phénomène médiatique que politique. Cela en donnerait une superbe démonstration.

En fait, j’ai un petit métro de retard dans ma démonstration, puisque l’organisation terroriste a déjà montré son intérêt pour la Coupe de l’America. Le 25 janvier dernier a été arrêté, dans un train venant de Perpignan, l’étarre Iker Aguirre Bernadal alors qu’il se rendait à Valence afin de recueillir des renseignements sur l’organisation de la Coupe. En particulier, selon les déclarations du juge Garzón, sur « les infrastructures entourant le port de Valence... dont les installations, les lieux où se déroulent les cérémonies et les hôtels où sont logées les délégations.  » L’ordre lui aurait été donné par Txeroki en personne. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois qu’ETA s’intéresserait à sa façon au sport, puisqu’en juin 2005, à l’occasion de la candidature de Madrid comme ville olympique 2012 (compétition que Londres a gagnée devant Paris), l’organisation avait déposé une bombe dans le stade de la Peineta. Le Comité olympique avait alors jugé que la capitale espagnole n’était pas assez sûre et rejeté le choix madrilène. On en pleure encore à la Puerta del Sol.

 

Le commentaire d’ETA dans son bulletin interne, Zutabe, avait alors été définitif : « il s’agit d’un bon coup donné à l’image de normalité et de sécurité politique que l’Ētat espagnol a voulu vendre à l’international… Ainsi a été abattu l’un de ses plus grands projets politiques et économiques. » La réflexion reste d’actualité. À Valence, on est prévenu.
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Publié dans chalvidant

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B
Les habitants de Valence doivent probablement s'attendre à quelques émotions, et pas seulement sportives. Mais ces régates sont aussi l'occasion de s'intéresser à une région espagnole qui brille par son dynamisme économique. Savez-vous comment se comparent les régions catalane et valencienne ? Est-il vrai que la capitale du Turia taille des croupières à ses voisins du nord ?
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J
C'est un vaste sujet et le temps me manque pour faire la comparaison. Voici tout de même quelques données qui peuvent vous être utiles : la Communauté valencienne avait en 2003 4,5 millions d'habitants (11 % de la population espagnole, sur 6 % de la Péninsule). Elle représente 53 % des exportations de cuir et de chaussures, 19,5 % du textile et de la confection (contre 47,6 % à la Catalogne), 18,5 % du bois et le 1/3 des exportations horticoles. Tout cela en fait l'un des moteurs de l'économie espagnole, avec 10,2 % du PIB, contre 18,8 % à la Catalogne (16,9 % à Madrid, 13 % à l'Andalousie). En contrepartie, c'est la région la plus endettée d'Espagne. Voilà, pour avoir répondu sur le pouce, en cinq minutes, il y a de quoi se faire une opinion : Catalogne vainqueur. Cordialement.