Schizophrénie
Arnaldo Otegi, tête visible et médiatique du séparatisme basque vient donc, après avoir subi une analyse de sang et d’urine (sic), d’être condamné à quinze mois d’incarcération, auxquels sont ajoutés sept ans d’interdiction de droits civiques pour avoir exalté le terrorisme lors d’un hommage à Argala en décembre 2003. Ce jugement est le troisième épisode d’une pantomime jouée depuis juin 2005, avec une première arrestation et un élargissement payé 400.000 euros (moitié par aval bancaire, moitié en cash), suivis en mars dernier d’une inculpation pour avoir été l’instigateur de 107 actions violentes lors de la journée de grève générale au Pays basque et en Navarre. Après un nouveau paiement de 650.000 euros (somme partagée avec Juan María Olano et Juan José Petrikorena) et dix jours de tôle en isolement à Soto del Real, Otegi pensait en avoir fini avec des tracasseries indignes du moment historique que nous vivons peut-être.
Certains, et j’en connais, se réjouiront que le chef supposé d’un parti cache-nez d’une bande d’assassins soit condamné, même pour un délit sans proportion avec les crimes d’ETA. Malgré toute l’estime que j’ai pour eux, j’ai la certitude qu’en appliquant strictement la loi en ces jours décisifs, on se trompe lourdement. Pire, que les petits juges madrilènes compromettent sérieusement le fragile processus conduisant à la paix. Otegi n’a rien d’un ange, c’est vrai. Il a passé six ans sous les verrous pour appartenance à ETA, c’est tout aussi exact. Mais il n’a pas de sang sur les mains et est incontournable dans la troïka séparatiste qui demain pourrait mener les discussions, avec Pernando Barrena et surtout Rafa Diez Usabiaga, le secrétaire général du syndicat LAB qui monte en puissance et, nous en prenons le pari, sera le futur leader des nationalistes « légaux ».
Le vieux principe selon lequel on ne fait la paix qu’avec son ennemi résonne ces jours-ci plus fort que jamais. Du fond de sa prison, la terroriste Ana Belén Egües Gurrutxaga, la patronne du dernier commando Madrid d’ETA a demandé à ses juges de tenir compte de « ce moment crucial que vit le Pays basque » et de ne pas le saboter. Car on a l’impression que tout continue comme avant : côté ETA, les lettres demandant la perception de l’impôt révolutionnaires circulent, des cocktail Molotov sont toujours lancés et une quincaillerie incendiée en Navarre. Côté pouvoir, comment ne pas constater que la garde n’a pas baissée : condamnation à trois siècles de prison (oui, trois siècles…) de l’étarre Francisco Javier Gallaga Ruiz, arrivée attendue à Madrid de cinq terroristes condamnés il y a trois ans au Mexique et livraison pour la troisième fois par la France de l’ex chef d’ETA, Pototo. On nage en plein délire, et même, disons-le, en pleine schizophrénie.
Vite, qu’un signe positif soit donné, d’un côté comme de l’autre. Tiens, en voilà un : Otegi a demandé l’autorisation de se rendre à Dublin pour assister à un congrès du Sinn Fein. Allez, c’est le moment de lâcher la bride. Le seul risque qu’on prend, c’est qu’il ne revienne pas…