Ah, les beaux jours !
Ils sont épatants, ces hommes politiques espagnols. Tenez, prenez Joan Mesquida. À peine quarante-huit heures après sa nomination comme nouveau directeur général de la Garde civile, le voilà t’y pas qui annonce un nouveau plan de développement des infrastructures, destiné à rénover les casernes de la Benemérita. Ce qui prouve de sa part une énorme faculté d’assimilation des dossiers et une vision claire de l’avenir de ce corps. Chapeau, l’artiste !
Il faut dire qu’on baigne actuellement à Madrid dans l’efficacité, le consensuel et l’apaisé. Le PP, qui n’a toujours pas digéré sa défaite de 2004 semble avoir remisé aux oubliettes son comportement de mauvais perdant. Et les deux chiens fous de Rajoy : Zaplana et Acebes, les Dupont-Dupond de la droite, s’en sont retournés à la niche en attendant des jours meilleurs. Rajoy est plus que jamais en quête de son destin, oscillant perpétuellement entre ombre et soleil, reproches et compliments, collaboration ou opposition. Aznar, avec qui on le compare sans cesse, était fait d’un autre métal. Des cassandres assurent qu’il ronge son frein, en attendant le premier faux pas de son successeur désigné. Lequel assure que s’il échoue aux élections de 2008, il se retirera sur son Aventin. Passionnant.
Côté socialiste, c’est la béatitude. Les enquêtes d’opinion sont au bleu fixe, au Pays basque on ne tue plus, enfin pour l’instant, l’économie flamboie, le chômage recule, on rend hommage à la II République sans que quiconque s’en offense, à commencer par le Roi. Tout baigne. Si la météo voulait enfin s’y mettre, on appellerait ça un pays de Cocagne. Zapatero a réussi à écarter au fil des mois ses principaux rivaux, Felipe Gonzalez tout d’abord, parti grincheux délivrer ses précieux conseils à des multinationales en Amérique latine, José Bono ensuite, démissionnaire de son portefeuille de la Défense, mais heureux de pouvoir bénéficier de sa voiture officielle avec chauffeur pour les vingt et une prochaines années. Plus 80 % de son salaire ministériel jusqu’à mai 2008, et deux secrétaires. Et pour ce que l’on sait du futur procès des terroristes de l’attentat d’Atocha, plus personne n’y comprend rien tant informations, contre vérités et rectificatifs se succèdent. Il est évident que deux ans après le drame, on est loin de connaître la vérité, loin s’en faut.
Le bonheur, je vous dis. Navré toutefois de doucher votre enthousiasme : le toit du musée Reina Sofia, œuvre impérissable de notre révéré architecte français Jean Nouvel, prend l’eau. Pas de quoi fouetter un chat, ni appeler Jack Lang. Si l’on ajoute que 1.040 mariages gay ont été célébrés depuis leur légalisation le 30 juin dernier, que la ceinture de sécurité devient obligatoire dans les autocars espagnols et que l’Etat américain d’Idaho vient d’autoriser des plaques d’immatriculation… basques, on en est sûrs, les beaux jours sont devant nous.
Cette lettre va s’interrompre une dizaine de jours, pour cause d’obligations médiatiques outre Pyrénées. A très bientôt et bon week-end.