Négociation : ça se précise

Publié le par Jean Chalvidant

À croire que Zapatero lit cette chronique, ou alors que je suis un grand visionnaire ! Faiblement, je me laisserais aller à retenir la seconde option… Ainsi, à peine avais-je dénoncé la stagnation du processus de négociation entre le gouvernement et ETA que les événements s’enchaînaient. Tout d’abord, on apprenait que des rencontres préliminaires avaient eu lieu au moins à quatre occasions. Les deux premières se sont tenues à Genève en Suisse, dans un petit palais du XIXème, en juin et juillet 2005, au siège du Centre de dialogue Henri Dunant, un organisme non gouvernemental voué à la médiation afin de résoudre les « conflits internationaux ». Les secondes se tinrent cette fois-là en Norvège, concrètement dans un hôtel en plein bois de la banlieue nord d’Oslo, le Holmen-Kollen, le 1er septembre et le 31 décembre de l’année dernière. Les interlocuteurs furent à chaque fois les mêmes : Jesús Eguiguren, le président du Parti socialiste basque connu pour ses positions nationalistes, et Josu Ternera, le boss d’ETA.

 

Il fut bien sûr question du futur « cessez-le-feu permanent » et sa date fut alors fixée à la « sixième semaine de 2006 ». Ce qui ne fut pas sans heurts du côté d’ETA, Josu Ternera ayant à affronter la ligne dure de l’organisation, menée par le chef de l’appareil militaire, Garikoitz Aspiazu, dit Txeroki pour qui seule la lutte mènera à l’indépendance. D’où l’annonce officielle retardée au 22 mars. Le choix de ces pays pour les conversations préliminaires n’est pas neutre : on peut s’attendre à ce que les futurs pourparlers aient lieu le jour venu loin de la zone de conflit, de façon à éviter toute manifestation hostile.

 

Mais quand ? Là encore, ça se précise. Il semble que l’organisation ait fixé une nouvelle date : fin décembre, tout doit être sinon bouclé, du moins bien avancé. On est d’ailleurs passé très près du précipice, puisque devant l’inertie ambiante et les six mois perdus, ETA avait très sérieusement envisagé de rompre la trêve le 15 octobre prochain. Et l’on sait ce que cela signifie.

 

Nous allons donc dans les prochaines semaines entrer dans du concret. Après plusieurs noms hautement fantaisistes pour mener les négociations au nom de Madrid, il semble que le choix de Zapatero se soit arrêté sur celui de Javier Moscoso del Prado, 70 ans, ancien ministre de la Présidence lors des deux premiers gouvernements de Felipe González et juriste confirmé. Il serait assisté de Jesús Eguiguren, déjà cité et d’un troisième homme non encore choisi, mais qui pourrait être Gregorio Martínez Garrido, chef de cabinet du ministre de l’Intérieur, Pérez Rubalcaba.

 

Bizarre, penserez-vous ! Rubalcaba écarté des négociations, cela n’a pas de sens, connaissant son sens tactique, son utilisation machiavélique de la didactique et son intelligence hors du commun. Il semble qu’en fait, il se tienne pour l’instant sur une ligne dure, refusant la moindre concession à ETA tant que l’organisation ne donne pas quelque chose en échange. Ainsi refuse-t-il obstinément le rapprochement au Pays basque ou à proximité des quelques 500 prisonniers étarres, cette mesure faisant pour lui partie intégrante du « package » de la négociation.

 

En attendant, le Parlement européen s’apprête à débattre du processus de paix le 25 décembre. Car Zapatero, après Tony Blair la semaine dernière, cherche par tous les moyens à obtenir des appuis internationaux. Histoire de se sentir moins seul, car l’opinion espagnole commence à se lasser de l’autosatisfaction et des effets de manche. Le plus dur commence maintenant.

 

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Publié dans chalvidant

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