La presse de droite progresse, celle de gauche recule

Publié le par Jean Chalvidant

La dernière enquête réalisée en septembre 2006 concernant la presse écrite espagnole, et dont on vient seulement d’obtenir les résultats, délivre des résultats inattendus et inquiétants : globalement, le lecteur se fait plus rare et le signal d’alerte est tiré dans toutes les rédactions : -4,2 % au total. Le point le plus marquant concerne le leadership : El País se voit détrôner par le gratuit 20 Minutos, tandis que l’autre gratis Metro repousse El Mundo au cinquième rang. Concrètement le lectorat est de 2.407.000 pour 20 Minutos, 2.025.000 pour El País, 1.944.000 pour Qué! (autre gratuit), 1.838.000 pour Metro (idem), 1.276.000 pour El Mundo et 865.000 pour ABC.

 

Si l’on prend comme référence le mois de septembre 2005, voici les en chiffres de ventes quotidiennes et en pourcentages les variations de la presse payante :

El País                         390.766             -7,75

 

El Mundo                     280.851           +6,78

 

ABC                            170.342           -17,80

 

La Vanguardia     141.380            -4,60

 

El Periódico                 130.736             -7,54

 

El Correo                    113.143             -5,37

 

La Razón                     104.592           +4,80

 

La Voz de Galicia          91.090             -2,08

 

Dans le détail, le grand perdant semble être ABC, qui a manifestement souffert des attaques du journaliste pamphlétaire Federico Jiménez Losantos au micro de la COPE. Une querelle interne à la droite. J’aurai l’occasion de revenir d’ici peu sur ce personnage vindicatif et atypique. Il n’est pas le seul, puisque le mastodonte El País tremble également sur ses bases. Seuls gagnent du terrain les deux quotidiens clairement identifiés à droite, El Mundo et La Razón, devenus les refuges intellectuels des Espagnols déçus par le manque d’objectivité des chaînes de télévision, TVE 1 et 2 ou la Cuatro en tête, ou des radios (la SER en particulier).

 

Les patrons de presse sont rarement des journalistes, mais plutôt des marketeurs ou des financiers. Et peu leur importe ce qui est imprimé dans leurs journaux, du moment qu’ils rapportent du cash. C’est ainsi que le signal d’alarme a déjà été tiré dans le groupe de Jesús Polanco, Prisa, qui édite entre autres El País, et l’appui inconditionnel apporté à Zapatero depuis des années est désormais remis en question. C’est ainsi qu’on a pu lire dans El País quelques éditoriaux assez durs envers le président du gouvernement, concernant tant sa posture sur ETA et le récent vol des pistolets (voir ma chronique du 25/10), que sur sa politique salariale. C’est d’ailleurs la grande peur de la cellule communication de la Moncloa : que le groupe lâche Zapatero, qui s’est vu par ailleurs affublé d’un nouveau surnom, « l’incompétent », par son opposant Mariano Rajoy. Très classe, tout ça.

 

Face à ce déclin de la presse écrite, les journaux en ligne affichent une santé florissante. Un phénomène encore inconnu en France, mais qui ne devrait pas tarder à éclore dans notre pays. Ils ont l’avantage d’être gratuits, interactifs, pas mal écrits et souvent bien plus incisifs que celle de papier. Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, ne manquez pas d’aller sur El Confidencial digital, El Semanal digital, Estrella digital ou Libertad digital. C’est le grand avantage d’Internet, que je fustigeais hier : à des milliers de kilomètres de l’Espagne, le nouveau lecteur peut tout savoir depuis son fauteuil. Et mieux comprendre ; dans le cas de la politique espagnole, ce n’est pas évident !

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Publié dans chalvidant

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