ETA, en silence, se renforce
Vous allez penser que je suis obnubilé par ETA, et vous aurez tort, la fascination pour la force aveugle et le meurtre n’étant guère de mon goût, pour quelque cause qu’on défende. Mais qu’on le veuille ou pas, le groupe terroriste basque occupe depuis une quarantaine d’années la une des journaux espagnols, en même temps qu’il reste une tumeur inadmissible dans une société démocratique apaisée. Donc, désolé, mais je vais une fois encore consacrer cette chronique à l’organisation. Car il y a du nouveau. Et pas du bon.
Les premières informations proviennent de la Garde civile, qui vient de réaliser une étude exhaustive sur la physionomie que pourrait présenter la bande si les négociations qui n’ont jamais commencé échouent et que le « cessez-le-feu permanent » devient la guérilla incessante. Lors du meeting d’Oyarzun, où trois cagoulés avaient tiré sept coups de feu en l’air, (voir mon billet du 25 septembre) la Benemérita planquée dans les sous bois avait réussi à identifier 700 des 1.000 spectateurs convoqués suite à une rigoureuse sélection, chaque invitation étant « personnelle et intransférable ». Des moyens importants avaient été employés, barrages filtrants, avec prise d’identité et vidéo à la clef. Les gardes sont aujourd’hui persuadés que c’est dans ce vivier des 1.000 sympathisants d’Oyarzun que l’organisation est en train de recruter, afin de former une nouvelle génération d’activistes. Ce qui ferait partir ces jeunes pousses vers la clandestinité avec un sacré handicap, leurs coordonnées étant d’ores et déjà dans les fichiers des différents services.
L’autre nouvelle de la journée est que la police française redoute un vol d’explosifs industriels sur notre sol. Les filatures réalisées depuis quelques semaines concordent : plusieurs terroristes ont été repérés en Midi-Pyrénées, concrètement dans la région de Toulouse et le département de l’Aveyron. Ainsi la semaine dernière, deux étarres ont réussi à prendre la fuite après un accident de voiture à Alban, dans le Tarn, à quelques kilomètres d’un dépôt de matières explosives appartenant à une entreprise de Travaux publics. Le hasard veut qu’ils aient été contrôlés peu avant, lors d’un barrage de la gendarmerie à Belmont-sur-Rance, dans les Grandes Causses d’Aveyron. Présentant de fausses cartes d’identités espagnoles, ils ne purent montrer de permis de conduire. Débonnaires, les pandores les laissèrent poursuivre leur route, à condition de se rendre dans une brigade pour se mettre en règle. On ne leur fera pas nos compliments. Leur épopée s’acheva quelques kilomètres plus loin, suite à un carambolage. Car décidément, les étarres conduisent comme des pieds. À l’intérieur de la voiture, volée le 12 septembre à Rabastens-sur-Tarn, au nord de Toulouse, les gendarmes trouvèrent des vivres en quantité et le parfait attirail du petit campeur. Ce n’est qu’hier que leur planque fut découverte dans l’Aveyron, à Montjaux, tout près de Rivière-sur-Tarn, là même où en octobre 2005, ETA subtilisa à la société Fasver Industrie du matériel servant à fabriquer des milliers de papiers d’identité.
Les services de sécurité français sont donc particulièrement attentifs en ce moment et ont renforcé les dispositifs sur les chantiers et les entreprises stockant ou utilisant de l’explosif. Même ADS, Les architectes du Spectacle, gagnante du concours de pyrotechnie de Barcelone en 2001, a eu droit la semaine dernière à son cordon nocturne de sécurité. Le reste du dispositif restant top secret.
Et vous appelez ça un « cessez-le-feu permanent » ?