Que doit faire Zapatero maintenant ?

Publié le par Jean Chalvidant

Un boxeur sonné. C’est l’image donnée par le chef de l’exécutif après l’attentat de Barajas, douze heures à peine après qu’il ait affirmé qu’en matière de terrorisme, 2007 allait être bien meilleure que l’année antérieure. Manifestement, Zapatero ne s’attendait pas à un tel coup de pied de l’âne, et ses effets sont dévastateurs. Quinze jours après l’explosion de l’aéroport, il vient de comparaître devant le Congrès des députés, bondé comme en ses meilleurs temps, pour tenter de justifier son action et chercher un consensus improbable.

 

Mission ratée. Ne se reconnaissant aucune erreur, sinon celle de la bonne foi, il a admis l’échec du processus de paix, dont il est pleinement responsable, et tendu une main au  PP, désigné comme « le principal parti de l’opposition », en vue d’obtenir une alliance tactique pour en finir une fois pour toutes avec ETA. Pour ne pas avoir l’air de trop manger son chapeau, il a remobilisé ses troupes pour combattre le terrorisme, et proposé un « accord », version remodelée du « pacte » antiterroriste signé entre le PSOE et le PP en 2000, comme quoi le calice était à boire jusqu’à la lie. Mariano Rajoy, plus vif et revanchard que jamais, eut beau jeu de l’accuser de se comporter en apprenti sorcier et fut l’auteur des mots les plus durs à l’encontre d’un président du gouvernement en exercice, le traitant d’irresponsable, d’imprudent, de hableur et de ridicule, et mettant même en doute ses capacités intellectuelles.

 

Au risque de me répéter, il est injuste d’accabler Zapatero. Il a eu raison d’accepter la main tendue par ETA le 22 mars et a cru possible d’en finir avec le terrorisme par le dialogue, contrairement à ses prédécesseurs qui ne croyaient qu’en la répression. On a vu les limites de cette méthode. Il a en revanche massacré toute chance de paix par son immobilisme, ses hésitations et son manque de vision politique. L’Histoire jugera.

 

Nous voici donc revenus à la case départ, ce qui n’enchante personne. Le processus n’existe plus, il n’y aura plus de rencontres sous le manteau, de conversations à Ankara ou ailleurs et aucun cessez-le-feu avant longtemps, tant l’occasion était unique et l’exaspération de la population grande désormais. Ce qui dans la pratique signifie qu’ETA va en revenir à ses errances et à ce qu’elle sait faire de mieux : la terreur, la violence, l’attentat, la mort. Ce qui signifie aussi une vague de répression, des affrontements armés, des arrestations. Le retour à une époque que l’on croyait révolue.

 

Que faut-il faire maintenant ? Sur le plan intérieur, aboutir à un accord avec le PP, bien sûr, car la lutte antiterroriste est l’affaire de 44 millions d’Espagnols et pas du seul parti au pouvoir. Sur le plan basque, permettre aux quelques 150.188 indépendantistes qui ont voté au printemps 2005 pour le Parti communiste des terres basques (EHAK) - qui se présentait à la place de Batasuna, toujours interdite - de faire entendre leur voix. Car être séparatiste n’est pas un crime, mais une opinion. Et en démocratie, toutes sont recevables, même les plus farfelues ou les plus extrêmes. Il vaut toujours mieux exprimer son opinion dans l’urne que par le biais d’une mitraillette.

 

Quant à ETA, la question ne se pose malheureusement plus. Il va falloir remettre le métier sur l’ouvrage, recommencer la traque, sortir les armes des rateliers. Tout cela parce que quelques politiciens indécis n’ont pas été à la hauteur de l’événement. Là-dessus, pas besoin d’attendre le jugement de l’Histoire.

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