ETA : état des lieux, état des forces

Publié le par Jean Chalvidant

J’ai déjà, le 6 septembre dernier, fait référence dans cette chronique aux excellents travaux du professeur Mikel Buesa, professeur à la Complutense et animateur de l’ « Observatoire de vérification de la violence terroriste », disséquant jour à jour les actions de l’organisation et de son entourage. Sa dernière livraison, couvrant les 9 mois de la trêve en trompe l’œil, est extrêmement révélatrice du marché de dupes imposé par la bande. Ce sont ces chiffres, incontournables, et ses conclusions qui à l’avenir devront être pris en compte par les chercheurs et les historiens. En voici les points principaux.

 

À aucun moment, ETA n’a baissé la garde. Ainsi l’impôt révolutionnaire a-t-il continué à être perçu auprès des hommes d’affaires basques et navarrais. Six vagues de lettres ont été envoyées à environ 300 chefs d’entreprise, exigeant une somme allant de 18.000 à 100.000 euros. Bénéfice engrangé : 1.350.000 euros. De même la kale borroka, la violence des rues, n’a-t-elle jamais cessée. Alors qu’elle s’élevait en 2004 à 19,6 actions par mois, elle atteint 31,5 l’année suivante et 28,8 en 2006 (259 actes). Les dégâts se montent pour les 9 mois à 2.428.800 euros. Et complaisance des autorités, la police basque, l’Ertzaintza, n’a procédé qu’à… 17 arrestations, dont aucune au premier trimestre, avant l’annonce du 22 mars.

 

Constat similaire pour le réarmement : en 2006, l’organisation a volé en France 68 véhicules, dont 50 pendant la trêve. L’assaut d’une armurerie lui a rapporté 344 pistolets, sans compter les munitions et les pièces de rechange. À partir de septembre, elle a testé de nouvelles bombes ventouses et s’est procurée du matériel électronique servant à faire exploser à distance des bombes. ETA disposerait d’environ 5,3 tonnes d’explosifs divers (chlorate sodique et poudre d’aluminium), de 20.000 passeports ou carnets véritables et du matériel pour y inclure de fausses identités, de deux machines pour fabriquer des plaques minéralogiques, de 30.000 plaques déjà embouties.

 

Les moyens matériels ne font pas tout. Alors qu’à l’automne dernier, la bande était exangue et forte d’environ 150 militants, elle pourrait dorénavant compter sur 516 hommes, disséminés en majorité sur le sol français. La majorité inexpérimentés, certes, mais plus déterminés que jamais car persuadés que c’est le gouvernement de Madrid qui est le responsable de l’échec des négociations, et encore plus, de l’éloignement de leurs rêves : la libération des prisonniers, le référendum d’autodétermination, l’indépendance.

 

Depuis la publication des résultats de l’Observatoire, la situation ne s’est guère améliorée : à Gérone a été arrêté le « libéré » (c’est-à-dire fiché par la police et rétribué par ETA) Iker Aguirre, chargé de préparer un attentat à Valence, où se tiendra la Coupe America de voile. Les services sont convaincus que les jeunes recrues ont reçu des cours portant sur l’utilisation d’un nouvel explosif concocté par les artificiers étarres, l’ « anfoal », qui ne tardera pas à être employé. Quant aux 344 pistolets volés, ils auraient été répartis en trois tiers : un vers les commandos installés en Espagne, un (les Smith&Wesson 38 mm peu prisés par les terroristes) vers le marché noir pour gonfler la cagnotte, et un disséminé dans plusieurs planques, en France. Conclusion des experts : ETA commettra un attentat avant les élections de mai prochain. Conclusion de Zapatero : « nous sommes peut-être dans la phase finale d’ETA ». Comme quoi l’angélisme a ses limites.

 

Si vous désirez posséder l’étude complète de Buesa, en voici le lien : http://www.hispanidad.com/imagenes/cartas/Quinto%20Informe%20de%20verificaci%F3n-Buesa.pdf Elle est en espagnol, réellement instructive et hélas, froidement réaliste.

 

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Publié dans chalvidant

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B
Voici trois points sur lesquels je sollicite votre réflexion.<br /> Comment peut-on expliquer l'attitude étrange du gouvernement espagnol qui, d'un côté persiste dans sa volonté de négocier avec l'ETA y compris après le récent attentat de Barajas et, de l'autre, ne se résigne pas aux concessions qu'exige l'organisation terroriste ? On a l'impression de ZP pense s'en tirer uniquement par de belles paroles.<br /> <br /> L'arrestation d'un jeune libéré dans le train en possession d'une littérature compromettante ne plaide en faveur ni du professionnalisme de l'ETA ni en celui de la police qui aurait bien mieux fait de le filer.<br /> <br /> N'est-on pas en présence d'une double improvisation, une conduite des affaires au jour le jour, tant de la part du gouvernement que de l'ETA ?<br /> <br /> <br />
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J
1 – Je l’explique mal, sinon par l’obsession de la cohérence. Vis-à-vis de l’opinion publique, il ne pouvait rien ne décider d’autre que de mettre fin au prétendu processus. Mais sur le fond, il n’a toujours pas renoncé à mener des pourparlers, encore que ses interlocuteurs se soient montrés peu fiables. Il est probable qu’avant les élections législatives de mars 2008, on assistera à de nouveaux pourparlers, mais sans le regard des médias.<br /> 2 – Imaginer les membres d’ETA comme des professionnels du terrorisme ou des OSS 117 en herbe est une vue de l’esprit. La plupart méconnaisssent les règles élémentaires de sécurité et de protection et tombent souvent dans des pièges grossiers (contrôles de police, comportements suspects). Leur appartenance à ETA signifie pour eux faire partie de l’élite, ce qui leur fait perdre le sens des réalités. Exemple : l’arrestation fortuite de Gérone.<br /> 3 – C’est vrai qu’on a, des deux côtés, l’impression de voir des apprentis sorciers. D’un côté, gouvernemental, on subit les événements en feignant d’en être les organisateurs. De l’autre, ETA, on manque de maturité pour savoir jusqu’où on peut aller trop loin. Le résultat, on l’a jugé à Barajas. Pauvre Espagne !