La guéguerre médiatique sur le 11-M a atteint Paris
L’émission quotidienne C’dans l’air est de celles qui honorent la télévision. J’écris à dessein “la télévision” et non pas le Service public, car je n’ai jamais fait de différence entre la philosophie distillée par l’une ou l’autre chaîne, mon seul critère de choix étant suivant l’humeur du jour de passer un bon moment, de voir de beaux buts ou d’apprendre quelque chose, quel que soit le canal choisi. Et avec C’dans l’air, sur La 5, on apprend toujours quelque chose. Jeudi dernier, le thème traité portait sur le terrorisme ; vous pensez bien que je n’ai rien perdu des propos tenus. Et je n’ai pas été déçu.
Sur le plateau, les traditionnels quatre invités : le sempiternel Antoine Sfeir, qui est mis à toutes les sauces, Louis Caprioli ancien directeur de la DST, un journaliste spécialiste des thèmes arabes Mohamed Sifaoui, et le correspondant à Paris du quotidien El País, Octavo Martí. Malgré l’actualité constituée par le début du procès du 11-M à Madrid, l’émission n’était pas particulièrement consacrée à l’attentat madrilène, mais bien plus largement à “Al-Quaeda vote terroriste”. Après un vaste tour d’horizon, consacré à la menace islamiste sur notre pays, qui est réelle, on en est venu à une analyse un peu café du commerce du 11-M, avec les poncifs et inexactitudes habituels : le gouvernement Aznar a menti au peuple, c’est pourquoi le chevalier blanc Zapatero l’a emporté. Plus personne en Espagne, hormis les partisans encartés et les bornés, ne croit plus à cette version, dont j’avais fait le lit dès juin 2004 dans mon bouquin “La Manipulation, Madrid, 11 mars”.
Sachant qu’Yves Calvi possédait mon bouquin, qu’il l’avait certainement parcouru et que ce n’était pas la première fois, tant sur Europe 1 que dans la même émission, qu’il laissait dire une telle contre vérité, je commençais à m’agiter dans mon fauteuil. Pour avoir été son invité, je sais qu’il n’hésite pas à intervenir parfois véhémentement. Mais le meilleur était à venir : à la question “ Y a-t-il eu exploitation politique ?” Martí, tel le mutin de la Mer noire, y alla avec ses gros sabots : “Il y a une chaîne de radio contrôlée par les évêques qui ment tout le temps... Un quotidien a payé quelqu’un pour qu’il témoigne qu’il y avait une connexion avec ETA... C’est le mensonge institutionnalisé. Dans tout autre pays, en France, ils seraient fermés”. Sommé de préciser, il termina par : il s’agit de El Mundo. Dont le représentant à Paris était absent du plateau. Pratique !
À tout les coups, ça va faire jaser à Madrid. Si El Mundo est réellement exaspérant, avec son souci de vouloir à tous prix impliquer ETA dans l’attentat d’Atocha, le fait de rétribuer une interview exclusive est malheureusement chose courante. C’en est une autre de payer pour faire dire à un témoin des fariboles. S’agissant de l’un des mineurs asturiens mis en examen, ce n’était pas le cas. Le type est cinglé, tout le monde le sait. Puis-je rappeler que si manipulation il y a eu lieu ces dernières années, le groupe auquel appartient Marti, Prisa, y a pris largement sa part ? J’ai encore en tête le scoop de la SER, affirmant que dans les trains explosés se trouvaient des kamikases, et de sa très large couverture des manifestations “spontanées” devant le siège du PP, la veille des élections du dimanche ? Et maintenant, ça vient à la télévision donner des leçons de déontologie et de démocratie ?
Si vous désirez voir l’émission dans son intégralité, faites :
http://www.france5.fr/STATIC/video/index-fr.php?titre=C'est dans l'air en vidéo&url=mms://a533.v55778.c5577.e.vm.akamaistream.net/7/533/5577/42c40fe4/lacinq.download.akamai.com/5577/internet/cdanslair/cdanslair_20070215.wmv§ion=programmes_cdanslair&rubrique=video Vous ne serez pas déçu.