Une deuxième trêve en vue
Le tumulte et la rage suivant l’attentat du 30 décembre à l’aéroport de Barajas sont maintenant retombés. La classe politique ne pense plus qu’aux prochaines élections autonomes et municipales du 27 mai, et la négociation ratée avec ETA passe un peu au second plan, d’autant plus que le procès du 11-M accapare les esprits. Pourtant dans la coulisse, on s’agite et on tire des plans sur la comète, la classe dirigeante étant plus que jamais en attente d’une réaction de l’organisation clandestine, qui pourrait survenir plus tôt qu’on ne le croit.
Il semblerait en effet qu’ETA s’apprête à offrir une seconde chance au gouvernement, sous la forme d’une deuxième trêve, plus ouverte que la première, avec comme contrepartie, des assurances plus précises que lors de l’année écoulée. Une en particulier : que le gouvernement s’engage à créer un territoire autonome commun, composé du Pays basque et de la Navarre. Une proposition formulée par Batasuna le 7 février dernier. Ce qui ne sera pas facile à faire avaler à l’opinion publique. La date de l’annonce aurait même été fixée au 22 mars, non pas en référence à Cohn Bendit, mais un an exactement après l’annonce de la première trêve. ETA a toujours apprécié les symboles.
Reste le cas délicat de la légalisation d’une liste abertzale, indépendantiste, aux élections basques. En avril 2005 avait été acceptée la candidature d’un parti sorti à la dernière minute du chapeau, EHAK, ou Parti communiste des Terres basques, qui avait obtenu 9 sièges sur 75, soit 12,5 % et 150.188 voix. Nul ne s’y était alors trompé : EHAK était l’émanation politique de rechange de Batasuna, déjà interdite, et par là-même, d’ETA. Mais la pilule était passée. Avec l’importance donnée par le gouvernement à Arnaldo Otegi et Batasuna depuis un an, il serait étonnant que le pouvoir ne les laisse pas se présenter d’une façon ou d’une autre devant les électeurs. Une condamnation de l’attentat et de la violence, même prononcée du bout des lèvres, suffirait à sa légalisation.
On parle aussi d’un scénario parallèle, qui toucherait celui-là le Pays basque français, où les formations Batasuna et EA (dissociée désormais du PNV) pourraient s’unir pour y constituer un parti revendiquant une “nation des nations”, un concept piqué au propre Zapatero, qui ne s’attendait pas à cette récupération sémantique. La coalition pourrait prendre le nom de “Euskal Herria Bai” (Pays basque, oui) et l’organisation modérée française Abertzaleen Batasuna (AB) en serait le moteur en vue des Législatives de mai prochain. Le PNV, d’abord intéressé par l’idée de jouer un rôle en Iparralde, a pour l’instant le pied sur le frein, craignant qu’avec un tel équipage on l’assimile aux partis radicaux. Son électorat plutôt conservateur ne l’admettrait pas.
Le but des initiateurs du projet serait de créer une “euro-région”, première étape vers un Ētat indépendant, incluant Iparralde et Hegoalde, Pays basque nord et sud. Un thème qui constitua l’une des pierres d’achoppement des conversations menées à Oslo entre Josu Ternera et Jesús Eguigure, le patron des socialistes basques mandaté par Madrid. Mais il est vrai qu’officiellement, les deux hommes ne se sont jamais rencontrés. Tout cela va être passionnant à suivre et permettra d’en savoir un peu plus sur la détermination des uns et des autres, encore que la marge de Zapatero devienne chaque jour plus étroite, la majorité silencieuse étant à cran dès qu’il s’agit de faire un geste en direction des abertzales.
Cela n’a rien à voir, mais si le sujet vous intéresse, vous pouvez suivre en direct le déroulé du procès du 11-M, soit sur la deuxième chaîne de Telemadrid les lundi, mardi et mercredi de 10h à 14h et de 16 à 20 heures, si vous résidez en Espagne, soit par le net si vous êtes ailleurs, en faisant :