Garcia Lorca serait enterré aux côtés de Franco...
Bizarre cette communication délivrée par le chercheur espagnol Miguel Caballero. Selon lui, les restes du poète se trouvent selon toute vraissemblance dans une fosse commune située entre les villages grenadins de Viznar et Alfacar, mais il serait possible qu’ils aient été transportés au Valle de los Caídos lors d’exhumations illégales, réalisées entre 1945 et 1982. Le Caudillo avait en effet voulu faire du Valle un lieu de réconciliation – du moins dans la mort – et avait donné l’ordre d’y ensevelir les restes tant des combattants nationalistes que républicains.
Beaucoup d’informations approximatives circulent sur la mort de Lorca. Communément, il est acquis que le poète a été assassiné par les troupes franquistes, ce qui est faux. On cherche en vain dans ses écrits ou ses discours un engagement partisan, même si la majorité de ses amis artistes était de gauche. Pire, il avait été question un temps qu’il rédige les paroles du Cara al Sol, l’hymne de la Phalange, dont il admirait le chef, José Antonio, qui le lui rendait bien. De plus, il faut savoir que ses mœurs ouvertement homosexuelles et sa manie de la provocation avaient exaspéré Grenade, cette capitale de province bigote et réactionnaire. Aussi, lorsque les franquistes se rendent maîtres de la ville, se cache-t-il chez des amis phalangistes, les frères Rosales (dont l’un, Luis, deviendra l’un des grands poètes du siècle). C’est là, calle Angulo, qu’une bande dénommée l’Escuadra negra, de tendance démocrate-chrétienne musclée, commandée par un ancien député de la CEDA, Ramón Ruiz Alonso vient l’arrêter alors qu’il lit le journal en pyjama. Un brillant fait d’armes !
On a pu reconstituer ce qui suivit : amené au ravin de Viznar, après le chemin de la Fontaine, il est froidement passé par les armes. « On lui a mis deux balles dans le cul, à ce pédé » se vanteront ses assassins. L’accompagnent dans sa disgrâce l’instituteur boiteux de Pulianas, Dióscoro Galindo et deux banderilleros, Joaquín Arcollas et Francisco Galadí, se professant anarchiste. Lorca ne fut donc pas un martyr, pour quelque cause que ce soit, mais une victime. Quant au chef de la bande, Ruiz Alonso, il coula des jours paisibles jusqu’à sa mort, dans les années quatre-vingt-dix, tout comme celui qui appuya sur la gachette, Juan Luis Trescastros Medina, par ailleurs marié à une cousine du père de Lorca. On peut donc affirmer que Federico a été tué par un membre de sa famille, sans doute pour d’obscures raisons familiales opposant les García, les Alba et les Roldán. Ces derniers, terratenientes jaloux, ayant été les commanditaires du crime. Un sac de nœud qui aurait fait baver François Mauriac, lorsque l’on sait que Trescastros est aujourd’hui enterré dans le mausolée… des Lorca.
Depuis, périodiquement, il est question de retourner toute la terre autour du fameux ravin pour tenter d’y retrouver des dépouilles, et surtout celle du poète. À la recherche d’un symbole que certains voudraient plus politique que littéraire. Aujourd’hui, Caballero y va de son interprétation : étant donné que des ossements ont été ramassés entre 1945 et 1985 dans le périmètre concerné, il est possible que ceux de Lorca aient fait partie du lot, auquel cas, ses restes reposeraient non loin de ceux de Franco et de José Antonio, au Valle de los Caídos. Ce qui est intellectuellement admissible, mais tout de même terriblement tiré par les cheveux. C’est là toute la différence entre les supposés chercheurs et les autres : certains émettent des hypothèses, alors que les vrais ne se basent que sur des faits, des preuves. Et en l’occurrence, faute d'ADN, que dalle !
En fait, savoir que les restes de Lorca pourrissent dans un ravin de Grenade, dans un ossuaire anonyme ou dans le Yamoussoukro franquiste a peu d’importance. Demeure son œuvre, qui dépasse heureusement l’homme très controversé et assez peu sympathique nommé Federico García Lorca.