Morales plein gaz

Publié le par Jean Chalvidant

Il avait fait son petit effet, Evo Morales, en rendant visite il y a quelques mois à son nouvel ami Zapatero. Dame, un Indien élu pour la première fois à la tête de la Bolivie, qui ose rompre le protocole en arborant un tricot bariolé, dans le plus pur style camping des Flots bleus, sur les marches de la Moncloa… Chacun l’avait à l’époque jugé folklorique, un brin décalé et velléitaire. Mais au fond, guère dangereux.

 

Ceux-là doivent se faire certainement tout petits aujourd’hui avec la signature par le président bolivien (qui a troqué son jersey contre une combinaison et un casque de mineur) d’un « décret suprême » nationalisant les hydrocarbures de son pays et donnant à l’Ētat leur contrôle absolu ; les entreprises opérant dans le pays se voient donc contraintes de remettre d’ici 180 jours à l’industrie pétrolière bolivienne (YPFB) toute leur production. Si elles n’obtempèrent pas, leurs installations seront saisies. En attendant, les Forces armées occupent les sites, des fois sans doute que Zapatero envoie la Légion sauter sur Potosi…

 

Evidemment c’est la consternation dans les chancelleries, qui ont oublié que déjà, en 1937 avaient été nationalisés les entreprises américaines Standart Oil, une première en Amérique latine, et Gulf Oil en 1969. Dans la litanie de justifications déversée par le compañero Morales, retenons l’utilisation répétée du mot « respect » -qui n’est donc pas employé que par les minorités de Seine-Saint-Denis- : « Nous demandons aux entreprises pétrolières qu’elles respectent la dignité des Boliviens, qu’elles respectent cette décision du peuple bolivien. Si elles ne les respectent pas, nous ferons respecter la force, car il s’agit de respecter les intérêts d’un pays ». Est directement visée par la mesure la société brésilienne Petrobras, le principal investisseur en Bolivie, ce qui pose au président Lula da Silva un vrai casse-tête, puisque 60 % du gaz brésilien provient de Bolivie, via un gazoduc de 3.200 kilomètres et d’un coût de plus de 4.000 millions de dollars. En contrepartie, l'entreprise représente 24 % des impôts perçus et 17 % du PIB boliviens.

 

Dans le cas de l’Espagne, la filiale de Repsol YPF, appelée Pétrolière Andina dans laquelle l’Argentine est partenaire avait déjà il y a quelques mois dû réduire ses réserves de 25 %, en vue de renégocier le contrat avec le pays andin, après y avoir investi 1.000 millions d’euros. Incidence, le cours en Bourse de Repsol a chuté de 2,09 % hier. La Bolivie possède des réserves de gaz de 48,7 milliards de m3, les seconds en importance du continent après le Venezuela, qui en a trois fois plus. Sont également visées les anglaises British Gas et British Petroleum, les américaines Panamerican Energy et Exxon Mobil, l’argentine Pluspetrol, la canadienne Energy, la coréenne Dong Wong et, tant qu’à faire, la franco-belge Fina-Elf.

 

 

Comment vont réagir les Ētats concernés ? Il semble qu’à Madrid on ait décidé un départ en fanfare en cas de nationalisation, d’autant plus que Zapatero s’estime trahi par l’un de ceux sur qui il comptait pour véhiculer son concept flou d’ « alliance des civilisations ». Quant à Repsol, elle redoute dorénavant une OPA de BP, d’Exxon ou de Total.

 

Il faut se méfier des indigènes populistes respectables au tricot rigolo. Samedi dernier, Fidel Castro, Hugo Chávez et Evo Morales ont lancé à La Havane une alliance contre « la malédiction du capitalisme ». On a vu ses effets immédiats hier. Respect ? Tu parles…

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Publié dans chalvidant

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