Le dérangeant curé Reid
Il fait tout pour passer inaperçu, et pourtant le prêtre irlandais rédemptoriste, donc catholique, Alec Reid, 74 ans, vient une fois encore de se faire remarquer, en participant avec Arnaldo Otegi et Rafael Diez Usabiaga à un meeting réclamant une convention de tous les partis basques. À quel titre ? Celui d’avoir été l’un des protagonistes du conflit ayant déchiré l’Irlande du Nord, en réussissant à faire se rencontrer loyalistes, unionistes et gouvernement irlandais. Le premier pas conduisant à l’annonce du cessez-le-feu définitif, et pas permanent celui-là, du 31 août 1994, mettant fin à un antagoniste de plus de 700 ans.
Après avoir passé trente années au couvent de Clonard, à Belfast, jouxtant le mur séparant les secteurs catholiques et protestants, Reid, invité il y a sept ans en Euskadi par le père Joseba Segurola, a décidé d’offrir son expérience à la résolution du conflit basque, en épousant ouvertement la cause séparatiste. Ce zèle lui a valu depuis le prix Sabino Arana, décerné par les zélateurs de la basquitude, oubliant que le « Hertzel basque » était également franchement raciste. Passons. Il est vrai que Reid avait quelques lettres de noblesse à faire valoir, pour avoir affirmé qu’ « ETA a été le meilleur défenseur d’une politique de la paix ». Du trapèze intellectuel de haute volée. Et voici que le revoilou.
Oubliant son rôle de missi dominici, le père Reid s’ouvre désormais aux médias, en donnant son avis très tranché sur ce que l’on ne lui demande pas. Ainsi vient-il de se montrer surpris que Batasuna soit encore illégale, « alors qu’ETA a disparu » (sic), réclamer l’implication des instances internationales et d’ajouter que « souvent la mentalité de Franco reste vivace dans le système politique espagnol… De nombreux politiciens espagnols n’ont pas de tradition de dialogue, de démocratie et des droits de l’homme. » Plus étonnant encore, il affirme être présent sur ordre de ses supérieurs rédemptoristes de Dublin et de Rome, qu’il ne représente ni l’Ēglise espagnole, ni la basque, mais « l’Ēglise officielle ». Pour cette mission, conclue-t-il, « deux de ceux qui ont aidé le plus l’ Ēglise officielle ont été Otegi et Barrena »… Ce qui lui vaut un démenti fulminant de monseigneur Antonio Cañizares, cardinal archevêque de Tolède, affirmant que contrairement à ce qu’il raconte, il ne représente que lui-même.
Etonnant que Rome ait délégué, si cela s’avère exact, un tel missionnaire engagé. Le doute est permis. Accessoirement si ce n’est pas le Vatican qui paye la facture de l’hôtel de Bilbao où il séjourne depuis presque trois ans, ni Batasuna, ni sa congrégation, qui ont tous démenti, ne restent que trois possibilités : le gouvernement de Vitoria, celui de Madrid. Ou…