Autopsie d'un attentat

Publié le par Jean Chalvidant

Trois semaines après l’explosion de la bombe de l’aéroport de Barajas, qui mit fin au fameux processus de paix, on en sait un peu plus sur les circonstances et les moyens employés par ETA. En résumé :

 

L’organisation a passé sept coups de téléphone le 30 décembre dernier, entre 7h54 et 8h27 du matin, afin de prévenir de la présence d’une bombe dans une camionnette garée au parking T4. Six de ces appels ont été effectués depuis un portable doté d’une carte SIM prépayée, qui avait été achetée le 23 décembre au matin dans une boutique du quartier de Santutxu, à Bilbao. L’appareil avait été actionné le même jour, vers midi, depuis Amorebieta, en Biscaye, une ville où l’Ertzaintza (la police autonome basque) découvrait quelques heures plus tard une planque contenant du matériel explosif. C’est la raison pour laquelle les enquêteurs crurent que les étarres du lieu pouvaient être ceux de l’attentat madrilène ; deux d’entre eux (Asier Larriaga et Garikoitz Etxebarria) furent arrêtés quelques jours plus tard en France, à Ascain, et disculpés de ce forfait.

 

Revenons au 30 décembre : à 7h54, un homme, depuis le quartier de Gros, à Saint-Sébastien,  appelle l’Association d’assistance routière (DYC) du Guipúzcoa  au 943464622 et au nom d’ETA annonce qu’une fourgonnette piégée a été garée au parking de l’aéroport madrilène. Puis à cinq autres reprises, il joint les pompiers de Madrid, le quotidien autonomiste basque Gara et de nouveau la DYC. Quelquefois sans succès, tel Gara, étant donnée l’heure matinale. Le dernier appel, celui de 8h27 étant réservé au 088, l’ancien numéro des urgences de l’Ertzaintza ; il sera réalisé depuis une cabine téléphonique de Saint-Sébastien, située sur l’avenue Ategorrieta, également dans le quartier de Gros. Après quoi, silence radio. Une demie heure plus tard, la bombe éclate à Barajas, à 500 kilomètres de là.

 

L’auteur des coups de fil est le même homme, à la voix jeune encore qu’il ait pris le soin de la dissimuler derrière sa main ou un mouchoir, qui semblait nerveusement lire un texte. Les services sont à peu près persuadés qu’il s’agit d’un membre « légal », c’est-à-dire non fiché par la police, et sans doute un simple collaborateur de l’organisation, ne connaissant même pas les auteurs de l’attentat et simplement chargé de donner les coups de téléphone et de s’assurer que l’information serait bien reçue. Le texte lu précisait tous les détails, depuis l’emplacement où était garé le Renault Trafic piégée jusqu’à son modèle, sa couleur et son immatriculation. La volonté de ne pas causer de victime mortelle était donc évidente.

 

Cette façon de procéder n’est pas nouvelle : déjà lors de l’atroce attentat d’Hipercor, commis à Barcelone en juin 1987 (21 morts), la bande avait passé trois coups de fil : à la Garde urbaine 56 minutes avant, au supermarché puis au journal Avui 43 minutes avant. Personne ne prit ces appels au sérieux, ce qui valut à l’Ētat espagnol d’être condamné pour « négligence ». Quant à la fourgonnette de l’aéroport, elle avait été volée le 27 décembre, tandis que son propriétaire, un habitant d’Oñate (Guipúzcoa) avait été retenu prisonnier par ETA durant trois jours dans la montagne, à Luz Ardiden, dans les Hautes-Pyrénées, et libéré une heure après l’attentat. Une nouvelle façon de procéder pour la bande.

 

Le reste est malheureusement connu : environ 200 kilos d’un mélange d’explosifs. L’un de nature inorganique, à base de nitrates (amonal ou amosal), l’autre héxogène afin de multiplier l’effet détonant. 559 voitures détruites, et deux morts. Deux de plus, deux de trop.

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Publié dans chalvidant

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